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	<title>Hors-Sol</title>
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		<title>Sylvain Coher • Carénage (entretien)</title>
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		<pubDate>Tue, 24 Jan 2012 15:19:56 +0000</pubDate>
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</p>
<p>Hors-Sol a rencontré Sylvain Coher et c&#8217;était un samedi après-midi. La veille, nous avions pu assister à une lecture de Carénage par l’auteur, présentée par Claro. Il revenait à ce dernier de pointer les éléments les plus justes, les plus touchants, au gré d&#8217;un grand virage poétique, d&#8217;une divagation ? N&#8217;est-ce pas d&#8217;ailleurs le rôle [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><br ><br />
<a href="http://hors-sol.net/revue/wp-content/uploads/2012/01/claro_coher_1.jpg" rel="lightbox[1025]"><img src="http://hors-sol.net/revue/wp-content/uploads/2012/01/claro_coher_1-150x150.jpg" alt="" title="claro_coher_1" width="150" height="150" class="aligncenter size-thumbnail wp-image-1043" /></a><br />
<br ></p>
<blockquote><p><em>Hors-Sol</em> a rencontré Sylvain Coher et c&#8217;était un samedi après-midi. La veille, nous avions pu assister à une lecture de <em>Carénage</em> par l’auteur, présentée par Claro. Il revenait à ce dernier de pointer les éléments les plus justes, les plus touchants, au gré d&#8217;un grand virage poétique, d&#8217;une divagation ? N&#8217;est-ce pas d&#8217;ailleurs le rôle de la littérature que de produire cet écart, ce dérapage, et d’effleurer les sujets essentiels comme l’amour, la mort ? Car c&#8217;est un fait, que nous évacuons d&#8217;emblée, ami lecteur : le roman <em>Carénage</em>, qui raconte l&#8217;histoire d&#8217;un motard, n&#8217;est pas un roman sur la moto.</p>
<p><a href="http://hors-sol.net/revue/wp-content/uploads/2012/01/coher_carenage.jpg" rel="lightbox[1025]"><img src="http://hors-sol.net/revue/wp-content/uploads/2012/01/coher_carenage-158x300.jpg" alt="" title="coher_carenage" width="158" height="300" class="aligncenter size-medium wp-image-1048" /></a></p>
<p><br ></p>
<p>Cette même veille Sylvain Coher s&#8217;est exprimé sur les ondes de France Culture, racontant sa semaine, et la lecture à la librairie <a href="www.charybde.fr/" target="_blank">Charybde</a> représentait un aboutissement. Et cet entretien, que vous allez lire, sans doute le pas au-delà.</p>
<p>C&#8217;était un samedi après-midi, et le soleil baignait généreusement le quatorzième arrondissement. Nous avons choisi le petit jardin de ville bordant le bar de notre rendez-vous. Alors que des passereaux nous assistaient en portant des brindilles comme s&#8217;ils réclamaient du feu, nous avons entamé un entretien mémorable, glissant sur le chemin du soleil jusqu&#8217;à sa disparition, qui fut aussi l&#8217;heure de notre séparation — les belles choses n&#8217;ayant qu&#8217;un temps. </p></blockquote>
<p><br ><center><iframe width="420" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/2Yy9szBIKCw" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></center><br ></p>
<p><strong>Hors-Sol_ Je ne te présente pas <em>HS</em>, que tout le monde connaît et apprécie, mais je te restitue le contexte de cet entretien. Nous avons mis en place un vrai programme de lecture (ce qui est nouveau pour nous) et avons décidé en politburo de choisir deux ou trois livres de la rentrée et d&#8217;essayer d&#8217;en parler dans l&#8217;année. Tu fais partie de la sélection et tu es le premier à avoir répondu, donc tu inaugures cette année littéraire 2011-2012.</p>
<p>De la même manière, je te présente l&#8217;esprit de l&#8217;entretien : ce ne sont pas des questions très nombreuses ni très précises ; plutôt on tourne autour de quelques thèmes qui nous semblent surgir de l&#8217;œuvre, et on dérive ensemble, en ricochets, afin de préciser tel ou tel argument. Ce qui nous préoccupe, à <em>HS</em>, c&#8217;est la manière dont les livres sont écrits, qu&#8217;est-ce qu&#8217;ils amènent à la littérature, qui est déjà bien populeuse, au point qu&#8217;on va, par exemple, acheter un nouveau (sempiternel) roman.</strong></p>
<p>Sylvain Coher_ Ok.</p>
<p><strong>HS_ De fait, je te donne d&#8217;emblée les quelques thèmes autour desquels nous allons chercher à tourner, si tu en es d&#8217;accord : — le dehors ; — la vitesse ; — le silence ; — le fantôme ;  thèmes simples, essentiels.</strong></p>
<p>SC_ Ok.</p>
<p><strong>HS_ Ce roman raconte l&#8217;histoire d&#8217;un jeune homme, Anton, qui ne parvient pas à rester en place ; marginal en société, il n&#8217;a qu&#8217;une passion : rouler la nuit, sur les routes des Vosges, à travers les forêts, dans les virages. Sa moto est une Triumph et il l&#8217;a baptisée L&#8217;Elégante. Il a une petite amie, Leen, qui semble aussi amoureuse d&#8217;Anton qu&#8217;elle est jalouse de l&#8217;Elégante. Le dehors est ce qui permet à la fois de décrire des paysages, bien entendu, mais aussi le sentiment d&#8217;Anton, prisonnier de sa vie, prisonnier de cette vie-là, et en quête d&#8217;absolu. Paradoxalement, harnaché comme motard, le voilà dehors prisonnier de son armure, dans son casque, derrière sa visière, lui-même enfermé dans le dehors. Alors perçons l&#8217;abcès tout de suite : ce n&#8217;est pas un livre sur la moto, tu le répètes à l&#8217;envi&#8230;</strong></p>
<p>SC_ La moto a été un prétexte. Pour écrire sur la vitesse, entre autres choses. Le thème était rébarbatif pour un certain nombre de lecteurs. On m&#8217;a dit, dans quelques librairies, le blocage des lecteurs qui reposent le livre quand on leur dit qu&#8217;il s&#8217;agit de motos et de motards. Le thème est réfrigérant. Et c&#8217;est très singulier, ce rejet, car on n&#8217;a pas besoin d&#8217;aimer ou de ne pas aimer un thème pour lire un livre (ni de connaître la boxe pour lire <em>Le Colosse d’argile</em> de Philippe Fusaro ; ou la pêche pour <em>Le vieil homme et la mer</em>&#8230;) Passons. La moto, c’est mal.</p>
<p>Autre chose bizarre : pour ne pas écrire trop de bêtises, je me suis beaucoup renseigné, j&#8217;ai lu de nombreuses revues de motos, je suis allé sur les forums de motards sur le net, j’ai choisi l’Elégante comme si j’allais l’acheter pour de vrai ; et pourtant j&#8217;ai eu très peu de retours de motards sur le livre ; et parmi ces retours certains étaient négatifs ! La moto c&#8217;est un truc sérieux, m’a-t-on dit. On ne fait pas n&#8217;importe quoi avec. Nous les motards, on est des gens sérieux. On est prudents, etc. Pourtant, il suffit d&#8217;aller sur le net pour repérer très vite les tarés de la vitesse et ce qu’ils font avec des machines qui vont toujours un peu plus vite. </p>
<p>En même temps je n&#8217;ai pas de regret car en me plaçant dans l&#8217;univers d’un motard, j&#8217;ai trouvé et travaillé ce que je cherchais : une certaine représentation de l’extérieur, donc du paysage. Le paysage est omniprésent et du coup, le livre dépasse les aspects un peu idiots dont on vient de parler.  C&#8217;est vrai, les motos ça fait du bruit, ça pue, c&#8217;est moche&#8230; mais les motards sont aussi des gens des grands espaces. Tout ce que veut mon personnage, Anton, c&#8217;est sortir de la ville, du brouhaha social. Et dehors c&#8217;est enfin le Far West. La nuit, la vitesse pure, la solitude. Il va prendre le « chemin des crêtes », la Ligne bleue des Vosges — qui est aux dires de beaucoup l&#8217;une des plus belles routes du monde ! Et le paysage défile : la difficulté de décrire tout ça s&#8217;est alors présentée. Je ne pouvais pas décrire l&#8217;espace dans la vitesse, il me fallait donc donner la sensation de la vitesse pour tenter d’obtenir la sensation du paysage. La description est assez rapide, lapidaire. Prends l&#8217;exemple de la forêt : il fallait rendre l&#8217;impression qu&#8217;elle était partout autour (d&#8217;Anton, du lecteur) sans se permettre de freiner le récit.</p>
<p>Pour le personnage comme pour toi et moi, qui venons de la campagne, le paysage a toujours un sens. La montagne, la foret ou la mer, ce sont de vrais personnages. Dans la partie des Vosges où j’ai posé mon histoire, la désertification va avec le paysage. Des villages déserts avec des chats pelés et des routes qui rejoignent d’autres routes&#8230;</p>
<p><strong>HS_ On peut se demander alors si ce personnage est un signe avant-coureur de la civilisation, un pionnier, ou si au contraire, c&#8217;est simplement un marginal.</strong></p>
<p>SC_ Un pionnier marginal, bien sûr. L’inverse m’ennuie profondément. Un livre accompagne toujours un ou plusieurs autres livres. Derrière <em>Carénage</em>, il y a, entre autres, <em>De si jolis chevaux</em>, de Cormack Mc Carthy. Une sorte de faux Western où l’espace est tour à tour synonyme de souffrance ou de délivrance. Et des mômes qui fuient on ne sait trop quoi pour se rendre on ne sait trop où. Bon, les chevaux, c’était fait et bien fait. Il fallait donc trouver autre chose. De si jolies motos, mettons. La difficulté était alors de gommer les descriptions trop explicites au centaure, par exemple, parce qu&#8217;après on tombe vite dans le cliché. J&#8217;ai dû enlever au maximum les métaphores équestres. Le poor lonesome cow-boy, mutique sur sa monture, dans de grands paysages, c&#8217;était le pire des clichés !</p>
<p>Et chaque chose devient facilement un cliché si on ne se méfie pas. Les grandes étendues, le centaure, la mécanique, la mort de la moto (un peu comme dans <em>Christine</em>), le type à poil sous son blouson de cuir noir&#8230; mais je recherchais cette limite et quitte à m’en servir, j&#8217;ai tenté de jouer avec les clichés mais juste en les effleurant, comme s’ils me brûlaient les doigts&#8230; Peut-être n&#8217;ai je pas assez de recul pour ne pas voir qu&#8217;en réalité le livre est réellement truffé de clichés !</p>
<p>Et comment faire ? J&#8217;ai un personnage qui part seul toutes les nuits sur sa moto dans les forêts vosgiennes. J’ai tenté l’usage d&#8217;un langage poétique, comme un contraste avec le cuir et le tatouage, et j’ai recherché ici et là la précision d’un lexique purement mécanique, pour crédibiliser mon personnage et permettre de contrebalancer la métaphore équestre. A chaque fois je devais mélanger les ingrédients avec parcimonie, ça n’allait pas de soi. Autant chercher à rendre poétique un atelier de mécanique.</p>
<p><strong>HS_ Un personnage qui ne fait pas cliché, qui est très beau et très important dans le livre, bien entendu, c&#8217;est Leen.</strong></p>
<p>SC_ Leen représente vraiment un personnage-type de lycée. Une fille jolie, un peu romantique, un peu frimeuse, un peu seule aussi, qui va s&#8217;enticher du gars le moins accessible, le plus ténébreux, peut-être le plus dangereux parce que son rêve est une lubie. Une obsession. Celui que les autres filles n’auront pas, dit-elle. Mais c’est un piège qui se referme peu à peu sur elle et son seul désir, au fond, c’est d&#8217;avoir un mec « normal » à la maison. Quelqu&#8217;un qui veille sur elle. Mais Anton est impropre à cette vie-là. Et il s&#8217;enfuit la nuit sur sa bécane plutôt que de rester avec elle. </p>
<p>Ce qui me plaît dans cette idée-là, c’est ce qui fait la difficulté de vivre une passion, quelle qu’elle soit. Ce qui rend certaines personnes attirantes, ce qui les distingue des autres, c’est également ce qui les isole le plus. En cela, je trouve qu’il y a beaucoup de points communs entre un motard, un peintre, un boxeur, un musicien, un joueur d’échecs, un collectionneur de timbres ou&#8230; un écrivain.</p>
<p>D’un côté c’est chic que ton nom se retrouve sur la couverture d’un livre, mais d&#8217;un autre côté on doit supporter tes humeurs changeantes ou que tu écrives chaque jour jusqu&#8217;à cinq heures du matin&#8230; l’heure qu’Anton choisit pour sortir, précisément.</p>
<p><strong>HS_ Tu ferais un rapprochement entre Anton et Sylvain Coher ?</strong></p>
<p>SC_ Oui et non. Anton a un courage que je n’ai pas. C’est un jusqu’au-boutiste. Il y a des écrivains très ordonnés qui peuvent écrire tant d&#8217;heures par jour, un peu comme des artisans. Pour moi c’est compliqué. J’ai toujours peur de m’y mettre. Je retarde comme je peux. Je suis dans la lune. J’attends que ça vienne. Parfois je ne fais que ça et puis j&#8217;ai de longues périodes où je n&#8217;écris pas ; j&#8217;ai besoin de bouger tout le temps et je dois occuper mes mains, donc je fais des trucs plus manuels avec une truelle et du ciment par exemple. Ce qui pourrait faire une ressemblance, c’est le fait que j’écrive la nuit, lorsque tout le monde dort. Lorsque plus rien ne peut me distraire, pas même sur Facebook&#8230; </p>
<p><br ><center><iframe width="420" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/SdCJRqH_IqU" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></center><br ></p>
<p><strong>HS_ Pour revenir aux motards, si c&#8217;est une caste, elle semble très solidaire, et très codifiée, un peu comme les geeks.</strong></p>
<p>SC_ Je ne sais pas exactement ce que sont les geeks. Mais comme pour toutes les castes, ceux qui en font partie la prennent toujours très au sérieux. La moto dit quelque chose du monde et de l&#8217;homme aussi. Il y a tout un code effectivement, parfois romantique, souvent symbolique. Un lexique, des proverbes, des revues, un réseau. Mais le motard est plus isolé aujourd&#8217;hui. La route est nettement plus policée, et surtout la représentation de l’évasion telle que la société la fantasme se retrouve davantage – pour la jeunesse notamment – dans l’usage des nouvelles technologies. Le motard me semble d’un autre temps, et je ne pense pas qu’il représente encore ce qu’il a pu représenter autrefois. Beaucoup de papys bien tranquilles ont une Harley briquée à la brosse à dent dans leur garage et dans les villes le scooter est roi pour le simple déplacement. Les valeurs un peu old-school du motard ne sont plus dans l’air du temps. Là je parle du loup solitaire, d&#8217;<em>Easy rider</em>&#8230; C’est pour ça que j’ai choisi une moto de vitesse : c&#8217;était le motard idéal, le dernier chevalier errant, celui qui accepte à regret de prendre un passager [Leen, qualifiée de passagère], car il sait que ça nuira à ses performances. </p>
<p><strong>HS_ C&#8217;est pourtant une “vraie” histoire d&#8217;amour&#8230;</strong></p>
<p>SC_ A l&#8217;emporte-pièce oui, mais quand même, faut bien l’avouer, c&#8217;est une histoire d&#8217;amour. Mais une histoire d&#8217;amour à trois où L&#8217;Elégante s&#8217;interpose entre Leen et Anton. Une relation anthropomorphique &#8211; comme dans <em>Christine</em>, encore, où la voiture est assimilée à une femme. </p>
<p>L’amour vient en plus. Ce qui m&#8217;a intéressé, formellement, c&#8217;est d&#8217;écrire sur la vitesse. Dans un monde qui célèbre la vitesse et qui toujours va plus vite, on bride de plus en plus ce qui roule ; la vitesse, magnifiée dans les années 70, est aujourd&#8217;hui un enjeu sociétal de sécurité. On ne verrait plus un film comme <em>Un rendez-vous</em> (1976), de Claude Lelouche, qui roule à tout allure avec sa voiture personnelle et sans doublage ni autorisations dans un Paris endormi&#8230;</p>
<p>Dans ces mêmes années, la jeunesse (les garçons notamment) avait un amour immodéré pour la chose mécanique ; on démontait les brêles, on les remontait à coups de marteau et avec trois cassées on vous en faisait une qui roule. Aujourd&#8217;hui, pour les jeunes, c&#8217;est super ringard. Les jeunes aujourd&#8217;hui ont plein de trucs à faire à l&#8217;intérieur de la maison. Les parents savent bien qu&#8217;il est vraiment difficile de mettre un ado dehors ! A l&#8217;époque (et pour Anton encore, et quelques autres sans doute), il n&#8217;y avait qu&#8217;une chose qui vous attirait : c&#8217;était aller dehors. Loin. Vite.</p>
<p>En Lorraine, comme dans nombre de campagnes françaises, c’est à dire loin des grandes villes, il n&#8217;y a toujours rien à faire (pas plus que dans les 70&#8242;s, du reste). C&#8217;est un peu <em>La vie de Jésus</em> (le très beau film de Bruno Dumont) au quotidien. </p>
<p>Anton joue bien aux jeux-vidéos, comme un jeune adulte d’aujourd&#8217;hui, mais je n&#8217;ai pas trop poussé de ce côté-là : il n&#8217;y joue que pour se rappeler son jouet grandeur nature. Il a un travail, un pensum pour passer le temps et il trépigne au bureau en n&#8217;attendant que le moment, juste avant que le monde ne s&#8217;éveille, où il va pouvoir chevaucher l&#8217;Elégante et rouler à toutes berzingues sur les routes des Vosges. C’est peut-être ce que je lui envie le plus !</p>
<p>Il n&#8217;y a que a que ça qui l&#8217;apaise, qui l&#8217;attire et le maintient en vie. C’est sa véritable passion. Et bien qu&#8217;étant avec Leen (ce qu&#8217;il accepte volontiers) et quoi qu’elle fasse pour le séduire ou le retenir, elle passera toujours après l’Elégante. </p>
<p><strong>HS_ Tu parles de la campagne. Là aussi c&#8217;est un espace singulier, une échappatoire, un espace pratiquement vierge (je veux dire l&#8217;histoire n&#8217;aurait aucun sens si les virées étaient urbaines). Cet espace est fait pour le dehors, si j&#8217;ose dire. Et ce dehors est animé, vivant, il est plein de mouvements de bêtes, des chasses, des obstacles (des entraves) qui a tout instant peuvent survenir. C&#8217;est le dehors qui pulse&#8230;</strong></p>
<p>SC_ J&#8217;oscille toute l’année entre mon bord de mer et Paris. Mais dès que j&#8217;en ai l&#8217;occasion, je retrouve la campagne. Le ciel, le vrai silence, la véritable nuit.</p>
<p>La nuit, c&#8217;est là que le dehors est le plus vrai. On ne peut le connaître qu&#8217;à la campagne, dans le vide apparent de la campagne. La respiration de la nuit, la lumière d’un bout de lune, le noir tout autour, les bruits de la nuit. C&#8217;est tout un univers fantastique qui me fascine, qui ravive les peurs d&#8217;enfants, celles des contes d&#8217;enfants. Les loups sont toujours dans les campagnes&#8230;</p>
<p>Un autre sentiment dans la nuit et le dehors, c&#8217;est d&#8217;avoir tous les sens aux aguets. J&#8217;adore rôder la nuit et me promener dans le noir  — il faut imaginer des habitations sans aucune lumières extérieures sinon la lune ou les étoiles. Au bout de quelques années pourtant, tu finis par prendre un chien même si tu n’aimes pas ça, juste pour justifier de te retrouver comme ça : seul, dehors, la nuit. Et ta présence dehors, nuitamment, n&#8217;est pas toujours appréciée. </p>
<p>Dans ces conditions, on touche aux limites de ce monde, on est dans un entre-deux entre la fiction et le réel. Tout peut se passer. Tout peut arriver, tandis qu’il ne se passe jamais rien. La campagne est ce vide où tout est toujours envisageable.</p>
<p><br ><center><iframe width="420" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/rQwVVH9YbcI" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></center><br ></p>
<p><strong>HS_ J&#8217;insiste sur le dehors, car tu viens de dire que tout peut se passer dans ces conditions ; précisément : ne peut-on pas voir dans la nuit, dans le dehors béant un espace particulièrement riche et particulièrement ouvert à la fiction : un lieu, d&#8217;où surgissent les loups, les monstres, les histoires qui font peur, les ogres, bref tout le fondamental de la narration, la littérature même ?</strong></p>
<p>SC_ Dans le roman, il y a répétition d&#8217;une seule et même nuit. Dans cette unique nuit (comme l&#8217;attestent les statuts Facebook de la Passagère) la narration fait revivre (via le rêve ou la mémoire) plusieurs nuits, toutes les autres nuits. Alors oui, cet espace de la nuit coïncide avec l&#8217;espace narratif. Quand le personnage s&#8217;arrête, avec la nuit (quand la nuit et Anton s&#8217;arrêtent) c&#8217;est un arrêt définitif. Mais en tout et pour tout, le livre débute deux heures avant l&#8217;accident et sa lecture dure environ deux heures. Il y a une correspondance entre le temps de la narration et le temps de la lecture. L’espace central, c’est celui du rêve ou du souvenir.</p>
<p>La nuit c&#8217;est également le temps du sommeil. Leen, qui ne dort pas, envoie ses posts régulièrement sur FB. Elle imagine le pire, elle sait qu&#8217;il adviendra. Le temps du sommeil c&#8217;est celui de la terreur de l&#8217;accident, pour ce motard comme pour l’automobiliste ou le simple piéton. C&#8217;est là aussi que s&#8217;ouvrent les portes des limbes, les morts, les bêtes, les monstres et les fantômes que nous côtoyons.</p>
<p>C&#8217;est le temps figé « entre le pont et de l&#8217;eau ». Cette temporalité du curé d&#8217;Ars (1786-1859) qui est une magnifique suspension. Questionné par le parent d’un chrétien qui venait de se suicider, le Saint Curé dit : « Entre le pont et l’eau, il a eu le temps de se tourner vers la miséricorde de Dieu ». J’adore cette phrase ! Elle était prête à l’emploi ; il suffisait simplement de virer la « miséricorde de Dieu », qui gâchait un peu la fête. Et le tour était joué.</p>
<p>Reste cette idée de temps suspendu, comme une chance de plus. Ceux qui ont déjà eu un accident de voiture me comprendront. Entre le blocage des roues et l&#8217;impact, il peut n’y avoir que cent mètres et quelques secondes, quelques secondes à peine et pourtant ce temps minuscule vous semble infini. Quelque chose s&#8217;ouvre ici, d&#8217;essentiel. C&#8217;est ce moment-là qui m&#8217;a intéressé, c&#8217;est aussi le moment de l’irrémédiable et de ce que l’on nomme idiotement « les comportements à risque », pour les ados. Ce moment où tu vas te faire du mal pour chercher du mieux, c&#8217;est un temps subitement très différent, à la fois très court et très long.</p>
<p>Cela m&#8217;évoque également la verticalité de la chute. La vitesse est  représentée comme ça, entre le pont et l&#8217;eau : comme une bille jetée d&#8217;un pont. En voiture, la vitesse est nettement une sensation horizontale. En moto, à cause de la proximité du dehors et de la vitesse, du risque encouru, c&#8217;est plus évidemment une chute. La moto est un sport vertical.</p>
<p>Tu connais <em>Hors saison</em> [qui reparaît chez Babel], c&#8217;est le premier livre que j&#8217;ai écrit et c’est celui qui est le plus proche de celui-ci. Ces deux livres se répondent à presque vingt ans d’intervalle, et pour moi ce sont des faux jumeaux. Dans <em>Hors saison</em>, le personnage central, Solenn, est une jeune fille morte qui n&#8217;arrive pas à tomber, ni à renaître. Un autre personnage, presque identique, à la frange près, vit ainsi avec le fantôme de Solenn, dans cet espace-temps de la suspension. C&#8217;est le revers de l&#8217;histoire d&#8217;Anton. Solenn peut revenir, mais à l&#8217;envers. Quand tu es entre le pont et l&#8217;eau, tu es dans cette immédiate éternité.</p>
<p><strong>HS_ Un motif narratif récurrent, c&#8217;est l&#8217;hirondelle, qui représente à la fois la vitesse, mais aussi, je trouve, des oiseaux qui reviennent, qui reviennent toujours au nid. Est-ce qu&#8217;Anton ne tourne pas un peu en rond ? De plus l&#8217;hirondelle indique le présage chez les Anciens&#8230;</strong></p>
<p>Dans <em>Hors saison</em> toujours, il y avait une mallette&#8230; on ne sait pas, on ne saura jamais ce qu&#8217;elle contenait. Et ici l’hirondelle est une sorte de mallette un peu mystérieuse. C’est un ingrédient de roman policier, ni plus ni moins. C&#8217;est aussi un vrai moteur d&#8217;écriture, pour moi, ce mélange des genres. L&#8217;entre-genre, mettons. C&#8217;est aussi très stimulant pour la lecture, ce fameux « présage » (bon ou mauvais). Le cerveau est toujours stimulé par des interrogations, quelles qu’elles soient. Et les hirondelles, dans <em>Carénage</em>, ce sont également les deux frères ennemis (Anton et Arman), mais c&#8217;est vraiment la plus simple explication. Personnellement, je préfère l’idée d’un oiseau mort qui serait transmis des mains d&#8217;un fantôme aux mains du mourant. Puisqu’on ne sait pas ce qui est réel, vécu ou pas.</p>
<p>Et puis je n’aime pas tout expliquer. Et je ne dispose pas non plus de toutes les solutions, souvent parce que j’ai la flemme de me poser des questions sur les pourquoi et les comment de l’histoire. Par dessus tout, je crois à ce que dit Bernard Shaw à la fin de son <em>Pygmalion</em> : pourquoi vous faudrait-il une fin, une explication, etc. Mon livre se termine simplement sur la victoire de Leen. C&#8217;est elle qui gagne à la fin. Pour l’amour, contre la machine, presque malgré-elle (ce dernier point reste une hypothèse). C&#8217;est elle qui leur survit, à tous les deux. C&#8217;est elle qui obtient Anton. Anton mort mais Anton quand même. Et c’est Leen qui triomphe enfin, sans mauvais jeu de mot, bien sûr.</p>
<p><strong>HS_ Au point qu&#8217;on peut se demander si Anton n&#8217;est pas déjà mort — dès le début du récit.</strong></p>
<p>SC_ C&#8217;est tout à fait possible.</p>
<p>Au départ, tout ceci ne prenait que trois lignes. Le propos du livre c’est d’abord un banal accident. L&#8217;histoire n&#8217;est que l&#8217;histoire d&#8217;un accident d&#8217;un jeune à moto, comme on en lit dans tous les journaux à longueur d&#8217;années. Le reste n&#8217;est que bricolage et fantasmes déraisonnables. Le reste est écriture, littérature qui s&#8217;agrège et qui fait apparaître des fantômes et des monstres. </p>
<p>Ce qui fait que je n&#8217;éprouve aucune gêne à dire que mon héros meurt à la fin, ou qu&#8217;il est déjà mort dans le livre. A quoi bon le cacher ?</p>
<p>Il y a les traces, évoquées au début : on peut tout à fait imaginer que Leen vit avec Arman et avec le souvenir d&#8217;Anton. Elle le poursuit, le désire, comme si tout était irréel.</p>
<p><center><br ><br />
<iframe width="420" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/5hycEG1PkjA" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></center><br ></p>
<p><strong>HS_ C&#8217;est le caractère taiseux d&#8217;Anton qui frappe également, comme si ce dehors auquel il se voue, sauvage, vierge, n&#8217;était pas communicable, ne souffrait aucun mot — silence que pourtant il t&#8217;a fallu rendre. Je me demandais aussi si ce silence n&#8217;était pas celui du fantôme qu&#8217;il peut être ou de la machine qu&#8217;il aspire à devenir.</strong></p>
<p>SC_ J&#8217;avais simplement envie d&#8217;un personnage silencieux. C&#8217;était un tout petit défi personnel, d’opposer un personnage silencieux à une prose plutôt bavarde et poétique. Car mon écriture peut facilement devenir bavarde ! Et d&#8217;autre part il y a la difficulté pour moi d’écrire des dialogues trop poussés. Anton devait être silencieux et cela me permettait également d&#8217;aller plus sur les descriptions, de me focaliser sur la vitesse et le paysage, etc. Et puis le silence collait effectivement à l&#8217;étendue, aux paysages et à la nuit.</p>
<p>Dans l&#8217;écriture, dans la littérature, je me sens proche du baroque, voire du kitsch et bien moins du factuel. Je choisis les thèmes et les formules comme on chine dans un grand marché aux puces. L&#8217;hirondelle, la moto, je suis simplement allé les chercher au pied de chez moi, lorsque j’habitais en Lorraine. </p>
<p>J&#8217;ai longuement hésité sur le monologue intérieur. Est-ce qu&#8217;Anton devait être le narrateur ? Ce n&#8217;était pas possible. Son « imaginaire » me semblait plus fade que celui de Leen, quelque part, mais je n’avais pas non plus envie que celle-ci porte à elle seule tout le récit. Du coup, j’ai choisi d’écrire du ciel (la formule est de Michon, je crois), c’est à dire de nulle part et de partout à la fois, et la voix qui porte le récit est autant celle d’Anton que celle de Leen. (Ni vu ni connu&#8230;)</p>
<p><br ><a href="http://hors-sol.net/revue/wp-content/uploads/2012/01/claro_coher_2.jpg" rel="lightbox[1025]"><img src="http://hors-sol.net/revue/wp-content/uploads/2012/01/claro_coher_2.jpg" alt="" title="claro_coher_2" width="449" height="800" class="aligncenter size-full wp-image-1044" /></a><br ></p>
<p><strong>HS_  Tu parles d&#8217;<em>entregenre</em> : est-ce que tu es influencé par d&#8217;autres genres, justement, que le récit ou le roman typiques ?</strong></p>
<p>SC_ Je lis principalement de la poésie contemporaine, le roman m&#8217;ennuie souvent, son piétinement, ses émois qui sont rarement les miens&#8230; (Il y a quand même d’énormes exceptions, hein !) Je lis aussi des polars, du roman noir. Ce qui m&#8217;intéresse c’est la rencontre, les montages&#8230; Ce fameux « entregenre », pour moi, c’est lorsque la poésie fait naître mille histoires et lorsque le roman se met à faire sonner ses phrases comme s’il s’agissait d’un instrument. La première fois que j’ai lu Faulkner j’avais des frissons sur les bras, tu vois ? C’est l’idéal absolu, le frisson : c’est ce que je cherche à chaque page dans mes lectures. La poésie produit du désordre, et le roman, lui, en revanche, ordonne. (Il y avait une vidéo d&#8217;Oliver Rohe, sur le net, où il exprimait cela très bien.) Mon petit rêve à moi, c&#8217;est de réussir à mettre du désordre dans un roman apparemment bien rangé. C’est loin d’être évident. Mais ça permet d’écrire encore.</p>
<p><strong>HS_ Parlons vitesse, justement. C&#8217;est un thème du livre, à l&#8217;intérieur du livre, mais c&#8217;est aussi sa lecture, qui est brève.</strong></p>
<p>C&#8217;est le besoin de vitesse propre à notre monde. Nous sommes en 2011, et on va vite. La littérature qui piétine à longueur de pages, ça m&#8217;emmerde assez vite. J&#8217;ai également besoin que ça aille vite. Des gens m’ont dit : &laquo;&nbsp;Je l&#8217;ai lu en trois heures, Carénage&nbsp;&raquo;. Ça me convient, y compris pour ce qu&#8217;on a dit auparavant du temps de la narration et de la lecture. Et tant mieux si on saute quelques lignes.</p>
<p><strong>HS_ Ça m&#8217;évoque la fin du chœur des habitants et l&#8217;excellent et final « finissez d&#8217;entrer ».</strong></p>
<p>Pour le chœur, j&#8217;ai menée une petite recherche sur le patois lorrain, et sur les dictons que j’ai pu trouver. « La clef dont on se sert est toujours celle qui brille », c’est vraiment magnifique, non ? J&#8217;avais besoin à cet endroit d&#8217;une espèce de sagesse un peu déconnectée. Un truc à la fois compréhensible et décalé, sans pour autant jouer à l’imitateur rural, ce dont je ne serais pas capable.</p>
<p>Pour moi la clef du livre est dans cette idée : qu&#8217;est-ce qu&#8217;un comportement à risque ? C&#8217;est devenu un leitmotiv ces dix dernières années, alors même que l&#8217;objet de transgression s&#8217;est déplacé. Les jeunes et leurs fameux comportements à risque, qui te font penser que si tu donnes une cuiller à un jeune, il finira bien par se la planter dans l’œil ! Avant c&#8217;était la bagnole et ses accidents, puis ça a été le SIDA et les pratiques sexuelles que la bonne morale conspue. Depuis quelques années c&#8217;est devenu internet et aujourd&#8217;hui ça devient la peur de manger du bisphénol ou des antibiotiques. Anton veut juste vivre un peu plus, frôler la limite, cette fameuse limite qu&#8217;il ne faut jamais franchir&#8230; Et ce faisant il accepte l&#8217;idée de la mort brutale, de l&#8217;accident. Oui, ça peut mal tourner. C&#8217;est dans ce frisson même de la limite qu&#8217;il prend du plaisir, et c&#8217;est presque un plaisir amoureux, très intense. Personnellement, j’arrive à comprendre ça.</p>
<p>Avant l&#8217;accident, juste avant l&#8217;accident, il exagère. Il va trop loin (et il le sait) non pas forcément pour mourir, simplement pour aller plus loin, pour voir toujours plus loin. Voilà Anton : c&#8217;est un comportement à risque ambulant. Pour se dépasser, il doit toujours trouver un plaisir supérieur au précédent. Comme un banal actionnaire d’entreprise, finalement : toujours un peu plus, quitte à tout casser&#8230;</p>
<p><strong>HS_ Se réaliser ?</strong></p>
<p>SC_ En un sens, oui. Vivre plus. Travailler moins. Ce qui terrifie Anton c&#8217;est la solution, le bonheur qu&#8217;on lui propose c’est pire qu’une pierre tombale. Cela ne lui convient pas du tout. On peut le comprendre. Le bureau dans lequel je l’ai cruellement mis, auprès de cette Madame Edward qu’il me semble avoir croisé tant de fois, je n’en voudrais pas non plus&#8230;</p>
<p><center><br ><iframe width="420" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/aYmEp3QhrKs" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></center><br ></p>
<p><strong>HS_ Pourtant dans la scène finale, le personnage principal est bien Leen ?</strong></p>
<p>SC_ La scène d’amour a été la plus difficile à écrire, non pour ce qui est du propos ou de la langue, mais pour l’impossible justesse des mots. Il fallait que ce soit ni vulgaire, ni macabre. Pour Leen, Anton n&#8217;est pas complètement mort, il est juste un peu moins vivant&#8230; Alors que ce type n’aura vécu que pour sa moto, cette fille qui l&#8217;aime va finalement le modeler pour elle-même, dans une scène d&#8217;amour qui est une révélation, l’épiphanie. C&#8217;est aussi une scène d’amour initiale, comme une première fois : il est gauche, elle le guide. C&#8217;est lent, laborieux mais doux. Du moins je l’espère pour eux&#8230;</p>
<p><strong>HS_ Je répète souvent que ce qui importe dans l&#8217;écriture c&#8217;est l&#8217;entre-deux. J&#8217;ai été très content quand tu as parlé d&#8217;<em>entregenre</em> (on a ses petits orgueils). Cette scène d&#8217;amour marque pour moi l&#8217;investissement d&#8217;un espace pure-fiction que généralement on ne veut pas affronter, cette partie de réel qui nous échappe toujours. Et que le roman doit justement aller chercher, visiter, habiter, occuper.</strong></p>
<p>SC_ La scène de l&#8217;accident se devait d&#8217;être bien avant la fin, elle ne pouvait pas conclure le livre. Le lecteur ingénu ou pressé n&#8217;attend qu’une scène romanesque d&#8217;accident, avec la mort, avec la souffrance, etc. Or j&#8217;avais besoin d&#8217;une scène finale qui déplace l&#8217;intérêt du livre vers cet entre-deux, et j&#8217;ai imaginé cette scène inespérée. Une scène d&#8217;amour finale. J&#8217;ai bien essayé de la déplacer, la scène de l&#8217;accident, mais cette scène d&#8217;amour était comme coupée, isolée et perdait tout son caractère&#8230; d&#8217;irradiation. C&#8217;est la raison pour laquelle le chœur des villageois se trouve au milieu, c’est lui qui fait l&#8217;articulation entre les autres scènes, celle de la mort, celle de l&#8217;amour. </p>
<p>En février dernier, j’ai essayé (le livre a été imprimé en mai !) d&#8217;écrire d&#8217;autres fins sur les épreuves. En vain. Pourtant j&#8217;aime bien les constructions symétriques dans les chapitres et ici le dernier est très court. Tant pis. Au moins, comme ça je dispose de plein de fins qui ne fonctionnent pas. Et seule cette construction “marchait” selon moi.</p>
<p><strong>HS_ Une question sur les œuvres dont il est question dans le livre : les films ; on a parlé de <em>Christine</em> et de Stephen King, de <em>Duel</em>, <em>Easy Rider</em>, etc. </strong></p>
<p>SC_ J&#8217;ai sciemment évacué d&#8217;entrée toutes ces références en les citant, pour passer à autre chose&#8230; alors passons à autre chose !</p>
<p><strong>HS_ Pourtant il y a un livre et un film dont on ne trouve pas trace&#8230;</strong></p>
<p>SC_ Tu ne vas pas me sortir <em>Crash</em> ?</p>
<p><strong>HS_ Eh bien&#8230; justement, si, où est <em>Crash</em> ?</strong></p>
<p>SC_ Tu peux chercher, il n&#8217;y est pas. Et je n’aime ni le livre ni le film. Si je pouvais me permettre d’être complaisant par rapport à l&#8217;imaginaire du danger, de la vitesse et de la mécanique, je ne voulais aucune complaisance par rapport à la mort elle-même. Leen est une véritable amoureuse et Anton est un vrai motard. Il est équipé comme pour un voyage en jet et il a une hyper perception du danger. Il a intégré l&#8217;idée de la mort comme son armure de motard. Mais il ne nourrit aucun idéal macabre du tout. Il est dans le défi. Il est très conscient du jeu dangereux auquel il joue (et il joue souvent, comme on le voit avec la scène de la roulette russe). On peut le voir comme un fantôme, on peut virer sur le fantastique ou l&#8217;étrange si on veut. Mais pas sur le macabre, comme <em>Crash</em>. Ça ne m&#8217;intéressait pas. Il faut vivre avec la conscience du risque, pas simplement la complaisance de le savoir là.</p>
<p>&#8230;/&#8230;</p>
<blockquote><p>Après que le soleil eut fini de balayer le square, nous nous sommes levés ; satisfaits de cet échange. En retournant vers le métro, je me suis soudain rappelé d&#8217;une question que j&#8217;aurais voulu lui poser.
</p></blockquote>
<p><br ></p>
<p><strong>HS_ Ah, et une musique, une musique qui t&#8217;a accompagné dans ce livre. J&#8217;imagine pas <em>Born to be wild</em> ou <em>Highway 61</em> ?</strong></p>
<p>SC_ Tu ne le diras pas aux lecteurs d&#8217;<em>HS</em>, n&#8217;est-ce pas ?</p>
<p><strong>HS_ Bien sûr que non.</strong></p>
<p>SC_ La jeune fille et la mort.</p>
<p>_HS.</p>
<p><br ><center><iframe width="420" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/gW57vTzNCGg" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></center><br ></p>
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		<title>Pascal Quignard</title>
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		<pubDate>Tue, 17 Jan 2012 23:01:29 +0000</pubDate>
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		<title>Mat Hild • Facebook touch (4/4)</title>
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		<pubDate>Wed, 11 Jan 2012 16:33:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[<p>  Mat Hild, sous son habile pseudonyme (elle est enseignante et éditrice), est une observatrice avisée de la petite communauté de Facebook. Son regard est perçant, parfois cinglant, jamais amer, toujours juste. On se régale, on se retrouve, à la lecture de ces portraits, de cette typologie des utilisateurs de Facebook. Quatrième et dernier [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><a href="http://hors-sol.net/revue/wp-content/uploads/2011/11/mat_hild.jpg" rel="lightbox[1017]"><img src="http://hors-sol.net/revue/wp-content/uploads/2011/11/mat_hild-150x150.jpg" alt="" title="mat_hild" width="150" height="150" class="aligncenter size-thumbnail wp-image-952" /></a> <br > Mat Hild, sous son habile pseudonyme (elle est enseignante et éditrice), est une observatrice avisée de la petite communauté de Facebook. Son regard est perçant, parfois cinglant, jamais amer, toujours juste. On se régale, on se retrouve, à la lecture de ces portraits, de cette typologie des utilisateurs de Facebook. Quatrième et dernier opus d&#8217;une série de quatre.</p></blockquote>
<p><br ></p>
<p><strong>Fb touch #31 : Sarkozy</strong></p>
<p>ERROR : The requested URL was not found</p>
<p>555.945.122</p>
<p>La page que vous demandez n&#8217;est plus disponible, ou le contenu a été censuré.</p>
<p><br ></p>
<p><strong>Fb touch #32: la nympho</strong><br />
Attention, si tu t&#8217;approches trop près de la profile pic de la nympho, tu risques de te prendre ses lèvres dans le museau, car elle les a soigneusement mises en relief dans une moue adjanico-béartienne.<br />
Au tout début des codes Fb, il y a eu conflit d&#8217;intérêt car là où le voisin d&#8217;enfance (#7) et le rigolo (#13) voyaient dans le < 3 un cornet de glace couché, la nympho, elle, voyait un pénis 2.0, mais pas en grande forme non plus. C'est à partir de là, à mon avis, qu'elle s'est donné pour mission de redresser tout ça, et je préfère te dire qu'elle y travaille activement. Loin d'être parano (#8) ou même sous-marin (#2), la nympho voit dans chacun de tes mots une invitation lubrique à laquelle elle répond avec une constance proche de celle de Sévigné. Elle est un peu le Docteur Maboul (un jeu Hasbro) de Fb : tu as tellement vu son décolleté et ses jambes sous toutes les coutures que tu n'en peux plus – sauf toi, le dragueur (#6).<br />
De même que le poète (#23), la nympho use des points de suspension ; mais ils sont le corps de la flèche qui pointe vers elle, comme la promesse d'un "vous êtes ici".<br />
Je te raconte pas dans quel état elle a mis l'engoncé (#4), le bonnet de nuit (#14), et l'intello (#9). Mais tu me diras, ça ne leur fait pas de mal.<br />
A noter : la nympho ne laisse derrière elle que des dépressifs (#22) et des ex (#25).</p>
<p><br ></p>
<p><strong>Fb touch #33 : Monsieur Propre®</strong><br />
Attention, il s&#8217;agit d&#8217;une marque déposée qui ne m&#8217;engage absolument pas quant à l&#8217;orientation masculine de l&#8217;affaire.<br />
Monsieur Propre est un technicien de surface. Jusque là, tu connaissais le policier hongrois (#11), qui se lave les mains dix fois par jour : Monsieur Propre fait pareil avec son mur, mais d&#8217;un simple clic. Adieu donc les bactéries 2.0 et autres Jackie Sardou (#19). Monsieur Propre choisit ses graffitis, et son mur, tu vois, c&#8217;est plus le Palais de Tokyo que les ouatères d&#8217;un collège. Donc attention à ce que tu postes, sinon tes mots disparaissent aussi vite que les espoirs de Poutou pour 2012, et te voilà propulsé au rang de boulet (#20). Sur le mur de Monsieur Propre, tu es prié de ne pas faire tache.<br />
Cela dit, cela dit : Monsieur Propre applique ses TOC à lui-même. Il est le pro de la notif fantôme: tu appuies sur ton petit 1 rouge, &laquo;&nbsp;Monsieur Propre a publié sur votre mur&nbsp;&raquo;, et là : coucou le contenu indisponible ! Monsieur Propre ne s&#8217;est pas trouvé à la hauteur, et, comme me le disait le poète (#23) l&#8217;autre jour, ses mots se sont perdus. Tout cela n&#8217;est pas grave, sauf lorsque la notif fantôme tombe sur le parano (#8) ou le dépressif (#26).<br />
Je te livre pour finir une astuce: n&#8217;en veux pas trop à Monsieur Propre, car il est à toute heure le garant de l&#8217;effacement immédiat des wall post avinés que tu regrettes le lendemain.</p>
<p><br ></p>
<p><strong>Fb touch #34 : l&#8217;hydre de Lerne</strong></p>
<p>Plusieurs têtes mais un seul corps : ainsi sont ces petites communautés internes à ce grand réseau social qui nous réunit tous aujourd&#8217;hui. Quel que soit ton nombre d&#8217;amis au compteur (4462, 38 ou nombre-masqué-parce-qu&#8217;après-tout-c&#8217;est-ta-vie-privée-et-que-ça-regarde-que-toi), tu as toi aussi tes petites préférences, que j&#8217;explique essentiellement de deux façons: ou les happy few relèvent du même Fb touch que toi, ou ils sont sexuellement compatibles avec toi. Ne va en effet pas me faire croire, coquinou de policier hongrois (#11), que tu postes tous les jours des lapins scintillants sur le mur du voisin d&#8217;enfance (#7), de Jackie Sardou (#19), ou du boulet (#20). Quant à toi le poète (#23), je t&#8217;ai vu cligner du clic devant la nympho (#32), si bien que ton écritoire en a tremblé. Alors hein, à d&#8217;autres.<br />
L&#8217;hydre de Lerne est donc un gang d&#8217;amis en kit, dont le comportement sociologique 2.0 pourra t&#8217;amuser certains jours de pluie. Dis-moi un peu si j&#8217;ai tort: il suffit que l&#8217;un des composants de l&#8217;hydre poste un truc, et hop, les likes des autres têtes déferlent tel le tsunami de l&#8217;amour. Une blague pourrie ? C&#8217;est pas grave, c&#8217;est les copains. Un commentaire tout naze sur ta page ? Qu&#8217;importe, tu mets le petit pouce, symbole métonymique de la main tendue.<br />
Chaque fois que l&#8217;un des membres de l&#8217;hydre est tagué, les autres vibrent comme un Parkinson assis sur un marteau-piqueur. Souvent l&#8217;on constate que les profile pic de l&#8217;hydre font elles-mêmes apparaître plusieurs têtes: ce sont les membres du bureau.<br />
Évidemment, les liens avec les autres sont limités, donc je t&#8217;en ferai grâce pour aujourd&#8217;hui, en te laissant méditer sur cette farandole de la vie à laquelle toi aussi tu appartiens sans doute, sauf si tu es cavalier seul (#16).</p>
<p><br ></p>
<p><strong>Fb touch #35 : la ceinture de chasteté</strong> (CDC &#8212;> pas de petites économies, c&#8217;est la crise). </p>
<p>Attention. La CDC est complexe comme la psychologie féminine (#18 power) et fuyante comme une anguille enduite de biafine.<br />
Elle s&#8217;est construite toute sa vie sur cette lumineuse réplique au fondement même de Dirty Dancing : &laquo;&nbsp;ça c&#8217;est mon espace, et ça c&#8217;est ton espace&nbsp;&raquo; (que l&#8217;intello #9 me pardonne, je ne l&#8217;ai pas vu en VO, j&#8217;avoue). Ainsi donc, alors que tu t&#8217;apprêtais à poster un petit ♥ tout dodu sur le mur de la CDC, tu trouves porte close; chez elle, c&#8217;est un peu tous les jours la Poste entre midi et deux. Mais ça, c&#8217;est à cause de Jackie Sardou (#19) et de l&#8217;ex (#25). Donc merci de vous contrôler pour que le poète puisse un jour enfin déposer ses odelettes et haïkus en toute sérénité.<br />
Depuis la convention de Schengen, on a ouvert les frontières ; mais la CDC est restée bloquée à Berlin.<br />
Elle est aussi le rempart auquel se heurte le dragueur (#6) : tu peux toujours courir mon coco. Comme me le disait l&#8217;autre jour le rigolo (#13), ça va quoi, c&#8217;est Facebook, pas Assbook. La CDC se livre souvent à des combats de titans avec le bloqueur (#3), mais ça personne ne le voit, sauf ce sacripan de sous-marin (#2).<br />
La CDC évite, et c&#8217;est astucieux, les référendums du polémiste (#15). Elle est un des remèdes les plus fiables contre l&#8217;accroissement démographique et l&#8217;invasion des allemands.</p>
<p><br ></p>
<p><strong>Fb touch #36 : le couple</strong></p>
<p>Depuis que Fb a inventé le partenariat domestique, c&#8217;est hyper tendance d&#8217;être en couple, alors qu&#8217;avant c&#8217;était plutôt révélateur d&#8217;une engonçure judéo-chrétienne. On ne va pas s&#8217;en plaindre, la love a refait son apparition, et on peut liker peinard ses manifestations, ce qui est beaucoup plus hype que de collectionner les navets avec Hugh Grant (même en VO).<br />
Les partenaires domestiques ont choisi de publier officiellement les bans : tu trouveras commodément le lien vers la profile pic de l&#8217;un sous celle de l&#8217;autre (NB : certains ont parfois la même profile pic, voire le même compte). Les partenaires domestiques sont la version strass des gens &laquo;&nbsp;en couple avec&nbsp;&raquo;.<br />
Mais tu penses bien qu&#8217;il n&#8217;y a pas que ça: le off de la love sur Fb est aussi prolifique que celui d&#8217;Avignon. Tu seras prié d&#8217;avoir la puce à l&#8217;oreille dès lors que tu remarqueras une subite compulsion du like entre deux êtres. Mais attention, l&#8217;absence totale de like est de la même façon suspecte, genre l&#8217;abstention empêche de se faire griller. Tout cela est complexe, je te l&#8217;accorde, mais si tu n&#8217;y arrives pas demande au sous-marin (#2) ou entraine-toi avec les couples qui se taguent mutuellement (version 2.0 et moins contraignante du tatouage sur le bras). Si tu es dragueur (#6) ou nympho (32), tiens-toi tranquille, l&#8217;équilibre de la nation en dépend.<br />
Parfois enfin, le couple n&#8217;est pas en tant que tel 2.0, et l&#8217;on a souvent pu entendre le plus IRL des deux hurler à travers la baraque (variante parisienne : le petit 2 pièces): &laquo;&nbsp;bon, tu le lâches ton fb ?&nbsp;&raquo;<br />
La variété des profils de la love ne change rien à l&#8217;affaire: comme me le disait l&#8217;autre jour la gnangnan (#18) &#8211; qui s&#8217;y connait en la matière-, l&#8217;important c&#8217;est d&#8217;aimer.</p>
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<p><strong>Fb touch 37 : l&#8217; Ultima verba </strong></p>
<p>Il arrive que les jours de pluie, certains statuts appellent les commentaires par dizaines. On retrouve alors une atmosphère conviviale, où la parole fuse, mêlant les points de suspension du poète (#23), les bémols du polémiste (#15), les liens de la gnangnan (#18), les cœurs du dragueur (#6) et les points d&#8217;interrogation du retardataire (#12) et du boulet (#20) qui ne comprennent jamais rien, ou trop tard, ou grâce à l&#8217;exégète (#24). L&#8217;aimable (#21) et le policier hongrois (#11) quittent en général la conversation au bout du cinquième commentaire, tandis que le sous-marin (#2) investit dans un tuba de rechange tout en canalisant l&#8217;excitation que lui procure cette mine d&#8217;or. De temps à autres, la conversation perd de son sens : c&#8217;est parce que le membre de la famille (#28) a enfin fini de taper son commentaire, qui du coup arrive 40 posts trop tard. C&#8217;est aussi parce que Monsieur Propre (#33) et l&#8217;engoncé (#4) ont supprimé leurs coms, qu&#8217;ils trouvaient nuls.<br />
Bref, ce festival de productions verbales est dynamisant et rigolo pour l&#8217;esprit, mais il est comme tout sauf la crise : il a une fin. Souvent l&#8217;échange se clôt sur un bon mot, une panne de batterie, ou les enfants qui rentrent de l&#8217;école. Et c&#8217;est là qu&#8217;intervient l&#8217;Ultima Verba, avec le dernier commentaire, déjà périmé, et que personne ne lira : c&#8217;est la notif de trop mais aussi, hélas, le seul com visible, les 98 autres étant masqués derrière la petite flèche du menu déroulant que personne ne déroulera plus.<br />
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<p><strong>Fb touch #38 : le mytho</strong><br />
La nouvelle mouture de Fb, et plus généralement les internets, sont la principale menace pour un mytho pourtant plus productif que jamais. Le mytho n&#8217;a pas désactivé la géolocalisation spontanée, et s&#8217;il a perdu femme et emploi, c&#8217;est parce que, lisant son statut &laquo;&nbsp;Le mytho est au boulot&nbsp;&raquo;, son patron a pu constater que non, et sa femme n’a que moyennement accepté le &laquo;&nbsp;près de Toulouse&nbsp;&raquo; écrit en bleu dessous, alors que comme tout le monde il travaille au Kremlin Bicêtre.<br />
Lorsque le mytho publie un texte de sa création, (si jamais ce jour-là il pleut et que tu n&#8217;as rien d&#8217;autre à faire), copie-colle cette œuvre dans ta barre Google et accède commodément au nom de l&#8217;auteur original.<br />
De même, ne sois pas surpris, alors que tu es en train de claquer 15 jours de salaire avec femme et enfants chez Bertillon, de recevoir une notif &laquo;&nbsp;le mytho a indiqué que vous vous trouviez avec lui à : &#8211; soirée de lancement happy few&nbsp;&raquo;. Ne prends pas la peine de lui signifier que tu n&#8217;y es pas, d&#8217;abord parce que lui non plus, et en plus parce que tu vas m&#8217;en faire un dépressif (#26), et que jusqu&#8217;à nouvel ordre la double peine n&#8217;existe pas en France. Ainsi donc si tu es polémiste (#15) ou aimable (#21), passe ton chemin et laisse le mytho construire son château d&#8217;allumettes. Verrouille toutefois les photos de tes enfants, des fois qu&#8217;il dirait que c&#8217;est les siens, et mets un copyright sur tes productions, poète (#23).<br />
Quant à toi l&#8217;exégète (#24), ne perds pas ton temps avec ça, et va plutôt voir si le chercheur CNRS (#22) n&#8217;a pas besoin de tes lumières. Car comme me le disait l&#8217;autre jour la gnangnan (#18), même le policier hongrois (#11) n&#8217;a pas le pouvoir de supprimer les rêves.</p>
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<p><strong>Fb touch #39 : l&#8217;homme-aux-trois profils</strong> (valable aussi au féminin sans aucun doute, c&#8217;est juste que je n&#8217;en connais pas et que je ne crois que ce que je vois, même si souvent je n&#8217;en crois pas mes yeux) </p>
<p>Je préfère te prévenir : la guerre froide n&#8217;est pas finie, et ce n&#8217;est pas le sous-marin (#2), le parano (#8) et l&#8217;ex (#25) qui me contrediront. Face à cette situation de conflit latent, un homme astucieux a trouvé une solution: c&#8217;est l&#8217;homme-aux-trois profils. On observe en général la répartition suivante : le pseudonyme parfait, genre &laquo;&nbsp;Xavier Dupont de Ligonnès&nbsp;&raquo;, qui fait office de couverture sociale et permet de reprendre contact avec ceux qui l&#8217;ont bloqué (#3) ; le pseudonyme littéraire, genre Mallarmé, qui lui permet de se donner des allures mystérieuses (#10) mais aussi de faire le dragueur (#6) pour séduire la gnangnan (#18), tout en s&#8217;incrustant mine de rien dans l&#8217;hydre de Lerne (#34) des intellos (#9); enfin, le profil sous son vrai nom, censé faire oublier les deux autres.<br />
La stratégie est futée, et l&#8217;homme-aux-trois-profils y travaille hardiment : tu verras ainsi souvent Mallarmé commenter les statuts de Xavier Dupont de Ligonnès, et il ne faudra pas t&#8217;étonner d&#8217;y retrouver la même griffe stylistique.<br />
On ne sait pas pourquoi l&#8217;homme-aux-trois-profils a trois profils ; mais il y a fort à parier qu&#8217;en inspectant sa cave on trouve des conserves en prévision de la troisième guerre mondiale, et que le dessous de son lit regorge de poupées vaudous.<br />
Les contacts de l&#8217;homme-aux-trois-profils sont multiples et stratégiques, et dépendent du profil en question: je te renvoie donc au mytho (#38), à l&#8217;intello (#9) et au sous-marin (#2).<br />
Mais prends garde à cet homme machiavélique qui sait mieux que toi qu&#8217;il faut diviser pour mieux régner.</p>
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<p><strong>Fbtouch #last : la Fb toucheuse</strong><br />
NB : pour des raisons de pudeur énonciative, la Fb toucheuse s’exprimera en mode Alain Delon, c’est-à-dire à la troisième personne.</p>
<p>C’est un jour de pluie que la Fb toucheuse a fait ce statut absurde décrétant que chaque comportement Facebookien mériterait d’être développé et caractérisé. Depuis lors, chaque jour, avec la régularité des bourdes de Sarkozy, elle s’est consacrée à sa mission auto-infligée, quel que soit le temps, le lieu (c’est ainsi qu’est né le policier hongrois #11), et l’état de dégénérescence cérébrale. Compulsive du statut (#17), elle s’éloignait ainsi des 40 signes rituels qui donnent à sa page des allures de Twitter.<br />
Souvent, ses recherches s’apparentaient à celles du chercheur CNRS (#22) : il fallait en effet t&#8217;observer nuit et jour, comme notre bonne démocratie, et prendre des notes qui bien souvent ne deviendraient rien, car les comportement 2.0 sont aussi périssables que des statuts, et liés comme la Bourse à des fluctuations subtiles.<br />
La fb toucheuse s’est aussi nourrie de tes MP, qui lui présentaient de nouveaux profils, parfois accompagnés de capture d’écran. Elle a tenté tant bien que mal de te faire retrouver les émois du « Qui est-ce ? » de ton enfance, sans pour autant te faire devenir parano (#8).<br />
Elle s’est parfois fait hurler dessus par le policier hongrois (#11), l’intello (#9) et le poète (23) ; dans un autre genre, elle s’est pris les foudres du bonnet de nuit (#14) et du boulet (#20), quand elle s’enflammait dans les degrés.<br />
Elle n’a jamais rien inventé.<br />
Travaillant toujours à l’effet coussin péteur de ses chutes (#13), elle était contente de te faire rire, fâchée de t&#8217;ennuyer, et toujours ravie d’entendre que tu t&#8217;étais reconnu dans l’un ou l’autre profil : « ah ben moi c’est pas compliqué, je suis pile entre la gnangnan et l’engoncée » ; « ah non mais c’est fini je serai plus Monsieur Propre » ; « moi je suis policier hongrois, et j’entends bien passer caporal ».<br />
Mais, comme me le disait pas plus tard qu&#8217;hier la gnangnan (#18), les meilleures choses ont une fin.</p>
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<p><font size="3">Parcourir :<br ><a href="http://hors-sol.net/revue/mat-hild-facebook-touch/">Facebook touch #1 à #10</a><br />
<a href="http://hors-sol.net/revue/mat-hild-facebook-touch-2/">Facebook touch #11 à #20</a><br />
<a href="http://hors-sol.net/revue/mat-hild-facebook-touch-3/">Facebook touch #21 à #30</a><br />
<a href="http://hors-sol.net/revue/mat-hild-facebook-touch-4">Facebook touch #31 à #40</a></font></p>
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		<title>Mat Hild • Facebook touch (3/4)</title>
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		<pubDate>Mon, 02 Jan 2012 12:13:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[2011]]></category>
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		<description><![CDATA[<p>  Mat Hild, sous son habile pseudonyme (elle est enseignante et éditrice), est une observatrice avisée de la petite communauté de Facebook. Son regard est perçant, parfois cinglant, jamais amer, toujours juste. On se régale, on se retrouve, à la lecture de ces portraits, de cette typologie des utilisateurs de Facebook. Troisième épiphanie d&#8217;une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><a href="http://hors-sol.net/revue/wp-content/uploads/2011/11/mat_hild.jpg" rel="lightbox[995]"><img src="http://hors-sol.net/revue/wp-content/uploads/2011/11/mat_hild-150x150.jpg" alt="" title="mat_hild" width="150" height="150" class="aligncenter size-thumbnail wp-image-952" /></a> <br > Mat Hild, sous son habile pseudonyme (elle est enseignante et éditrice), est une observatrice avisée de la petite communauté de Facebook. Son regard est perçant, parfois cinglant, jamais amer, toujours juste. On se régale, on se retrouve, à la lecture de ces portraits, de cette typologie des utilisateurs de Facebook. Troisième épiphanie d&#8217;une série de quatre. A suivre, donc.</p></blockquote>
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<p><strong>Fb touch #21 : l&#8217;aimable</strong></p>
<p>Non commun masculin et féminin ; substantivation d&#8217;un adjectif épicène. </p>
<p>L&#8217;aimable t&#8217;appelle par ton nom de famille, comme à l&#8217;armée. Tu comprendras bien que le prénom c&#8217;est une marque d’affection, et que l&#8217;affection, c&#8217;est l&#8217;urticaire assuré. </p>
<p>L&#8217;avantage de l&#8217;aimable, c&#8217;est que tu ne peux pas le mettre en colère : la dernière fois qu&#8217;il ne l&#8217;a pas été, c&#8217;était sur l’avant-dernière échographie de sa mère. Il maîtrise toute la gamme des insultes, dans toutes les langues, mais attention : il sait très bien qu&#8217;on ne claque pas le museau d&#8217;un enfant comme on défonce la tête d&#8217;un collègue. Il est, comme on dit, subtil.</p>
<p>L&#8217;aimable n&#8217;a pas peur de s&#8217;attaquer au pouvoir, et il est en cela très proche du polémiste (#15) ; c&#8217;est un être rigoureux et frétillant, qui coiffe le policier hongrois (#11) et le bonnet de nuit (#14) au poteau, parce qu&#8217;il a de l&#8217;humour — denrée qui, contrairement à la TVA sur le livre, n&#8217;est pas en hausse.</p>
<p>On appréciera particulièrement les pommettes rougeoyantes de l&#8217;aimable dans ses confrontations avec la gnangnan (#18) et le rigolo (#13). De même, le sous-marin (#2) ronge son mur comme un os a moelle et n&#8217;y trouve que le fantôme de l&#8217;implicite : il se heurte alors quotidiennement au rocher de l&#8217;échec, comme me le disait l&#8217;autre jour le poète (#23).</p>
<p><br ></p>
<p><strong>Fbtouch #22: le chercheur CNRS </strong></p>
<p>Comme il en convient lui-même, le chercheur CNRS est rare sur Facebook, et ce n&#8217;est pas de sa faute : parce qu&#8217;il n&#8217;y a plus personne pour investir dans la numérisation des données, il a davantage l&#8217;habitude des fichiers papier. En revanche, lorsqu&#8217;il est futé et 2.0, ce personnage appartient avec le plus grand enthousiasme au Centre National du Réseau Social (ainsi nomme-t-il fb avec ses collègues &#8211; non sans un pouffement espiègle).</p>
<p>Le chercheur CNRS sait parler plein de langues, que tu trouveras commodément dans les infos de son profil ; il a parfois dû signaler à Mark que certains dialectes ne figuraient pas dans le petit menu déroulant. Le chercheur CNRS sait à quel endroit on a trouvé la première coquille d&#8217;œuf et comment on fabrique le mascara, mais le mieux c&#8217;est qu&#8217;il possède la police grecque Unicode que tu passes ton temps à chercher quand tu es intello (#9), ou policier hongrois (#11). Et il te la passe sans problème, car il est chou comme tout. Si le chercheur CNRS se confond parfois avec le mystérieux (#10), c&#8217;est juste parce que son pseudo est écrit en grec et que tu ne comprends pas. Mais en général il s&#8217;appelle Arthémis comme tout le monde.</p>
<p>La gnangnan (#18) confond souvent le chercheur CNRS avec le sous-marin (#2), parce que les deux font de la recherche. </p>
<p><br ></p>
<p><strong>Fbtouch #23 : le poète</strong></p>
<p>Le poète a une syntaxe heurtée, mais en fait je t&#8217;explique c&#8217;est parce qu&#8217;elle mime la difficile genèse de la pensée. </p>
<p>Ainsi donc, les statuts du poète sont souvent à découper en suivant les pointillés, tel un puzzle de la création. Adieu les théoriciens de la ponctuation : le poète n&#8217;en a que faire, la virgule fait signe et les points de suspension sont un appel. </p>
<p>Le poète, souvent, accompagne son statut d&#8217;une image, mais c&#8217;est tout simplement parce que dans sa tête le mot est puissance évocatrice (c&#8217;est un peu le geyser de la connotation, dans son hypophyse). </p>
<p>Ah oui mais alors attention : les poète a des domaines de prédilection, qui, j&#8217;aime autant te le dire, ne sont ceux ni du polémiste (#15), ni ceux du rigolo (#13). Chez lui aussi la métaphore est reine &#8211; on prend des chemins de traverse &#8211; mais comprends bien que ce n&#8217;est pas la même métaphore que chez le dragueur (#6) qui, lui, te donne juste envie de te pendre avec le bon gros fil blanc de son image éculée. Bref, le poète veut mettre un peu de magie dans ton univers (ça change du voisin d&#8217;enfance #7 et de Jackie Sardou #19) ; il est parfois mystérieux (#10) mais c&#8217;est juste parce qu&#8217;on ne le comprend pas. Le poète est avance sur le signifié mais en retard (#12) pour ses impôts. C&#8217;est pour ça qu&#8217;il n&#8217;a pas un rond. </p>
<p>Enfin, l&#8217;un des remèdes les plus fiables contre la crise et les OGM est l&#8217;observation des <em>comments</em> de la Gnangnan (#18) sur les statuts du poète. Un délice.</p>
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<p><strong>Fb touch #24: l&#8217;exégète</strong> </p>
<p>L&#8217;exégète est ton vadémécum heuristique et tu sais grâce à lui déchiffrer le grand livre du monde. Il traque la pensée en palimpseste et envoie l&#8217;implicite à l&#8217;échafaud. Si tu t&#8217;ennuies et qu&#8217;il pleut, tu peux jouer à repérer l&#8217;exégète sur Facebook : fais un ctrl + F avec &laquo;&nbsp;car&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;parce que&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;puisque&nbsp;&raquo; et balade-toi dans les 587 résultats. </p>
<p>L&#8217;exégète t&#8217;agace parce que tu as l&#8217;impression qu&#8217;il te prend pour un con. Toutefois il est aussi un remède contre la crise et apparaît à bien des égards comme un botox pour le moral: sans lui, le parano (#8) serait perdu ; les métaphores du poète (#23), privées de littéralisation, resteraient à jamais inaccessibles ; le boulet (#20) ne serait ami qu&#8217;avec le voisin d&#8217;enfance (#7), ce qui peut-être t&#8217;importe peu mais je peux te garantir que ce n&#8217;est pas plus souhaitable que la résurrection de Pétain ; le bonnet de nuit (#14) virerait carrément grenouillère ; le sous-marin (#2) coulerait telles dé larm sur ton visaj ; la note de bas de page disparaîtrait de la planète, et surtout il y aurait un Fb touch en moins.</p>
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<p><strong>Fb touch #25 : l&#8217;ex</strong></p>
<p>En 1932, ta grand-mère avait réussi à se débarrasser de son ex grâce à l&#8217;exode rural ; avant elle, sa propre mère avait pu compter sur l&#8217;épidémie de grippe espagnole. Mais pour toi, pas de chance: il y a Facebook.</p>
<p>L&#8217;ex fait d&#8217;abord son retour sous la forme de l&#8217;homme-aux-trois-profils (#39), et tu te fais avoir comme un bleu parce que jamais tu n&#8217;aurais pu deviner qu&#8217;il se cachait derrière le pseudo Jevé Tepourrirlavi.</p>
<p>Cet homme est astucieux, mais toi encore plus : tu sors alors la carte bloqueur (#3). L&#8217;ex enchaîne sur un nouveau come back, avec sa vraie photo, son vrai nom, et sa charte de respect-de-l&#8217;intimité-et-de-ta-nouvelle-vie-d&#8217;ailleurs-moi-aussi-j&#8217;ai-rencontré-quelqu&#8217;un-<br />
donc-t&#8217;inquiète. Et c&#8217;est là que tu as tort d&#8217;accepter, car commence à ce moment précis une véritable chasse de sous-marin (#2), à faire pâlir les Russes. Les <em>inbox</em> de tes contacts sont alors envahis telle la Pologne en 39 ; tu te fais brosser le portrait tellement violemment que tu préférerais presque être pris pour la gnangnan (#18).</p>
<p>Contrairement à son étymologie, l&#8217;ex ne sort pas. Quand il n&#8217;est pas agressif, il est dans la démonstration du tout-est-réglé, en mode voisin d&#8217;enfance (#7). Là, tu te pends.</p>
<p>Il a des amis très fiables : le sous-marin (#2) bien sûr, mais aussi le dragueur (#6), ou encore la gnangnan (#18), qui est une cible toute trouvée. Il instrumentalise l&#8217;engoncé (#4) et le parano (#8) à coups de chantage affectif.</p>
<p><strong>NB.</strong> il faut absolument éviter que l&#8217;ex et le dépressif (#26) ne fassent qu&#8217;un.</p>
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<p><strong>Fb touch #26 : le dépressif (stylé)</strong></p>
<p>Attention : à ne pas (systématiquement) confondre avec l&#8217;intello (#9), le policier hongrois (#11), le chercheur CNRS (#22), l&#8217;ex (#25), le poète (#23), le sous-marin(#2), l&#8217;engoncé (#4), le bloqueur (#3), le parano (#8), le mystérieux (#10), ou encore le bonnet de nuit (#14). A souhaiter en revanche pour le rigolo (#13), la gnangnan(#18), le boulet (#20) et Jackie Sardou (#19).</p>
<p>Le dépressif est un être complexe, qui a remplacé l&#8217;opium d&#8217;antan par facebook &#8211; pas de chance pour toi. Son wall &#8211; et le tien du coup &#8211; sont un peu les antichambres de son âme : pour une fois tu ne te plains pas qu&#8217;on te laisse engoncé dans l&#8217;entrée.</p>
<p>Le dépressif est un posteur de liens, mais je te paie une bière si un jour ce lien est un tant soit peu funky : non non, il faut du violon de l&#8217;automne.</p>
<p>Le pire avec le dépressif, c&#8217;est la <em>inbox</em> : pour toi, c&#8217;est Koh Lanta tous les jours si tu veux continuer à sourire. D&#8217;ailleurs le dépressif ne like pas ; la dernière fois qu&#8217;il l&#8217;a fait c&#8217;est quand tu as cité Cioran. Sa photo de profil est tamisée, et si tu regardes bien il y a Nietzsche en arrière plan et/ ou une clope qui se consume.</p>
<p>Je te vois venir : au secours, dis-tu. Mais je te réponds derechef. Le dépressif reste ton meilleur allié, qui que tu sois : il boit.</p>
<p><br ></p>
<p><strong>Fb touch #27: le tout-à-l&#8217;ego (trouvaille de Nico Blondeau, qu&#8217;il soit ici remercié).</strong></p>
<p>Attention : pour des raisons d&#8217;économie, nous abrégerons en TAE.</p>
<p>Le TAE est un homme vaillant et courageux, qui n&#8217;a pas peur de bouger sa souris après avoir écrit son statut, pour le liker illico. Ça donne :</p>
<p>&laquo;&nbsp;Le TAE a fait la rentrée de sa fille en CE2&#8243;. Le TAE aime ça.</p>
<p>Cet être est également plein d&#8217;espoir et fait d&#8217;une pierre deux coups : en même temps qu&#8217;il se rappelle à lui-même son génie créatif, il compte sur l&#8217;effet de masse &#8211; un like peut en cacher un autre, tu le sais bien. Bon mais le problème c&#8217;est qu&#8217;en général on s&#8217;en fout un peu, et que le TAE ferait mieux de s&#8217;acheter un agenda, un pêle-mêle et des magnets pour se rappeler à lui-même les grands instants de sa vie.</p>
<p>À côté du TAE, Narcisse est une tapette : il faut dire qu&#8217;il n&#8217;avait pas, lui, la possibilité de s&#8217;auto-taguer pour accéder en un clic à tout son for intérieur.</p>
<p>Souvent le TAE, pour sa profile pic, se prend en photo dans le miroir qui reflète le lac où apparaît son image. C&#8217;est concept et donc après ça peut même devenir de l&#8217;art.</p>
<p>Le TAE n&#8217;est en lien avec personne, sauf avec la gnangnan (#18) qui marche à fond, et avec le dragueur (#6) qui sait flatter le jarret comme personne. Mais ce n&#8217;est pas grave, car comme me le disait l&#8217;autre jour le voisin d&#8217;enfance (#7), on n&#8217;est jamais mieux servi que par soi-même.</p>
<p><br ></p>
<p><strong>Fb touch #28 : le membre de la famille</strong></p>
<p>Dis-donc tu crois que je t&#8217;ai pas vu cliquer sur &laquo;&nbsp;ignorer&nbsp;&raquo; chaque fois que ton cousin, ta nièce ou ta belle-sœur te fait une <em>request</em> ?</p>
<p>Tu as finalement consenti à accepter cette dernière pour deux raisons : 1) c&#8217;est une gnangnan (#18) et tu penses qu&#8217;elle ne va rien capter ; 2) tu n&#8217;en pouvais plus d&#8217;entendre ta belle-mère à la Noël : &laquo;&nbsp;ben oui c&#8217;est vrai ça Tommy, pourquoi tu veux pas de Kikou dans tes amis, ça vous permettrait de garder contact, et puis vous échangeriez les photos des enfants !&nbsp;&raquo;. Bref, tu as lâché la faucille pour le marteau, une engonçure pour une autre pire encore.</p>
<p>Car le membre de la famille n&#8217;a aucun scrupule à poster sur ton <em>wall</em> les photos les plus inavouables, assorties d&#8217;un &laquo;&nbsp;t&#8217;as vu la tête à mémé derrière toi ? LOL&nbsp;&raquo; ; il a aussi tendance à écrire sur ton mur en pensant que c&#8217;est son statut. Il te fait des scènes atroces parce que tu as une famille virtuelle et que la-famille-c&#8217;est-les-liens-du-sang-pas-un-truc-qu&#8217;on-choisit.</p>
<p>Le membre de la famille appelle ta mère dès qu&#8217;il lit sur Facebook que dé larm coul sur ton visaj, et tu dois inlassablement lui apprendre le second degré. Il est souvent sous-marin (#2) car il compte sur FB pour savoir si tu as un mec (&laquo;&nbsp;Rooooh ce Tommy, toujours dans ses livres&nbsp;&raquo;). Il est bien sûr ami avec le voisin d&#8217;enfance (#7) : &laquo;&nbsp;dis donc Nono, toi qui connais bien Tommy, c&#8217;est qui avec lui là sur la Photo qu&#8217;il a mise ?&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Allez, sois sympa et fais avec : comme me le disait ton ex (#25) l&#8217;autre jour, ta grand-tante est moins chiante sur Fb que dans la vraie vie.</p>
<p><br ></p>
<p><strong>Fb touch #29 : l&#8217;arlésienne en intérim</strong></p>
<p>Pour des raisons que tu connais désormais, j&#8217;abrège en AEI.</p>
<p>Tu croyais t&#8217;y connaître en teasing, jusqu&#8217;à ce que tu connaisses l&#8217;AEI. Ce personnage coquinou et diablotin, pour peu que tu en connaisses plusieurs, fait varier ta liste d&#8217;amis sur le modèle du prix du baril de pétrole.</p>
<p>En effet, en effet. L&#8217;AEI supprime et restaure son profil suivant les pointillés de la vie. Lorsqu&#8217;il disparaît, ce n&#8217;est qu&#8217;indignation et inquiétude sur tous les murs, où l&#8217;on désespère de ne plus voir apparaître en bleu son petit nom dodu. Et puis, alors que tu es kwasi devenu dépressif (#26), l&#8217;AEI refait son apparition tel un pop-up de Xanax qui te redonne goût à la vie.</p>
<p>Attention ! Ne pleure pas trop vite le départ de l&#8217;AEI — il peut aussi s&#8217;agir d&#8217;un bloqueur (#3): sois prudent et prends une assurance. Ne crie pas non plus trop vite à la disparition : il existe aussi des Facebookiens non publiants, semblables à tous ces chercheurs (#22) à qui l&#8217;on sucre leurs subventions.<br />
En somme, l&#8217;AEI est comme un gif animé : à l&#8217;obscurité succède toujours le scintillement, comme me le disait l&#8217;autre jour Jackie Sardou (#19).</p>
<p><br ></p>
<p><strong>Fb touch #30 : le beauf</strong></p>
<p>Popopop ne me fais pas le coup du balaiement d&#8217;un revers de main, genre &laquo;&nbsp;ah non moi j&#8217;ai pas de beauf dans mes amis, c&#8217;est comme pour la gnangnan (#18), le rigolo (#13), le voisin d&#8217;enfance (#7) et Jackie Sardou (#19)&nbsp;&raquo;. Je sais bien que tu es un être ultra VIP, mais le beauf est vicieux comme une angine chronique et n&#8217;a pas toujours la tête de Franck Dubosc.</p>
<p>Alors bien sûr il y a longtemps que tu as bloqué (#3) celui qui multipliait les liens &laquo;&nbsp;Rien queue du féminin&nbsp;&raquo; (ceci est véridique, NDRL) ; il y a longtemps aussi que tu as viré cette autre qui postait des dieux du stade quotidiennement comme autant de grains d&#8217;un chapelet méga cheap.</p>
<p>Non, c&#8217;est au beauf insidieux qu&#8217;il faut que tu fasses attention. Tente un statut sur la poste, la SNCF ou la pédophilie, et évalue au double-décimètre l&#8217;écart qui sépare le beauf du polémiste (#15). Même discret, le beauf est assez facile à démasquer. Mais attention : ne te fais pas repérer, sinon il disparaît aussi vite que l&#8217;escargot dans sa coquille ou le fil dans l&#8217;aspirateur.</p>
<p>Le plus grave dans cette affaire, c&#8217;est que le beauf sera 1er degré jusqu&#8217;à la tombe, si bien que plus d&#8217;une fois tu as eu envie de le brûler au 3ème.</p>
<p><br ></p>
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		<title>Mat Hild • Facebook touch (2/4)</title>
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		<pubDate>Fri, 23 Dec 2011 11:00:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[<p>  Mat Hild, sous son habile pseudonyme (elle est enseignante et éditrice), est une observatrice avisée de la petite communauté de Facebook. Son regard est perçant, parfois cinglant, jamais amer, toujours juste. On se régale, on se retrouve, à la lecture de ces portraits, de cette typologie des utilisateurs de Facebook. Deuxième épisode d&#8217;une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><a href="http://hors-sol.net/revue/wp-content/uploads/2011/11/mat_hild.jpg" rel="lightbox[987]"><img src="http://hors-sol.net/revue/wp-content/uploads/2011/11/mat_hild-150x150.jpg" alt="" title="mat_hild" width="150" height="150" class="aligncenter size-thumbnail wp-image-952" /></a> <br > Mat Hild, sous son habile pseudonyme (elle est enseignante et éditrice), est une observatrice avisée de la petite communauté de Facebook. Son regard est perçant, parfois cinglant, jamais amer, toujours juste. On se régale, on se retrouve, à la lecture de ces portraits, de cette typologie des utilisateurs de Facebook. Deuxième épisode d&#8217;une série de quatre. A suivre, donc.</p></blockquote>
<p><br ></p>
<p><strong>Fbtouch #11 : Le policier hongrois</strong><br />
 <br />
<i>Attention : non, les fb touch ne se transforment pas en Guide vert. Il s&#8217;agit d&#8217;une image. </i><br />
 <br />
Le policier hongrois prend tes goûts qu&#8217;il juge indignes et se fait un steak tartare avec. Il est le garant d&#8217;une culture dictatoriale et ne tolère pas que tu aimes ce qu&#8217;il n&#8217;a pas recensé lui-même dans son top five.</p>
<p>Il est un peu le Zemmour du 2.0, mais prends garde à ne pas le lui dire, sous peine de retrouver ton mur couvert de béton armé. </p>
<p>Le policier hongrois te trouve sot(te) comme une boîte si tu ne mets pas le nez de tes gamins dans Tolstoï dès deux ans. Il envoie tes idées méprisables en prison et fait de toi un paria confiné au cachot de sa tour d’ivoire.<br />
On a pu constater que le bloqueur (#3) et le policier hongrois étaient les heureux parents de l&#8217;engoncé (#4) qui préfère se taire plutôt que de finir au goulag de la culture. </p>
<p>Le policier hongrois laisse le sous-marin (#2) indifférent parce qu’il n’y a rien à apprendre chez lui qui ne soit déjà répandu en caps lock (sans point d&#8217;exclamation par contre, c&#8217;est popu). Le dragueur (#6) lui-même ne relève pas le défi ; le boulet (#20) et le beauf (#30) ont tous deux gagné le premier prix du mépris – mais NE me fais pas croire que tu es choqué, car sur ce coup tu as bien ri sous cape (je t’ai vu). Le policier hongrois est sans pitié pour le voisin d&#8217;enfance (#7), ce qui se comprend sans encombre, car il n&#8217;a selon toute vraisemblance jamais eu ni voisin ni enfance.<br />
 <br />
<br ></p>
<p><strong>Fbtouch #12 : Le retardataire</strong><br />
 <br />
Le retardataire a fait son apparition sur le web le 24 septembre 2001 avec un tonitruant : &laquo;&nbsp;nan mais vous avez vu ce qui s&#8217;est passé au World Trade Center là?&nbsp;&raquo;. C&#8217;est à partir de ce moment-là qu&#8217;il s&#8217;est disputé avec l&#8217;engoncé (#4) les faveurs de ces dames, rapport qu&#8217;il est trop mignon. </p>
<p>Le retardataire ne te souhaite pas ton anniversaire le même jour que tes 1258 amis, non non, il débarque dix jours plus tard en apercevant sa petite croix sur son calendrier de la poste qu&#8217;il n&#8217;ouvre jamais. Le retardataire est l&#8217;assurance que ton anniversaire ne sera jamais <em>a candle in the wind</em>.</p>
<p>On apprécie chez lui la véritable et sincère jubilation pour le scoop déjà périmé. Il est tout aussi frénétique que frétillant, et te convoque au sommet en 2011 pour t&#8217;annoncer la sortie de Windows 98.</p>
<p>Le retardataire est un très mauvais sous-marin #2 (il découvre les couples (#36) au moment où ils se séparent), un très mauvais bloqueur #3 (il n&#8217;a pas encore la version fb qui le permet), et un très mauvais dragueur  #7 (qui te demande d’un air coquinou ton numéro de tatoo). Bien souvent, le retardataire ne fait qu’un avec le membre de la famille (#28) et l’Ultima Verba (#37).<br />
Néanmoins, cet être charmant est, au même titre que le panier bio, l&#8217;un des plus fiables remèdes contre la crise.</p>
<p><br ></p>
<p><strong>Fbtouch #13 : le rigolo</strong> </p>
<p>Dès 2007, le rigolo était le premier à te demander si tu étais sur &laquo;&nbsp;face de bouc&nbsp;&raquo;, et depuis que tu lui as dit que oui, ton mur n&#8217;est que coussin péteur, cotillon et pouet pouet tagada. Le rigolo ne recule devant aucun calembour, et sa photo de profil lance de l&#8217;eau quand tu cliques dessus.</p>
<p>La vie du rigolo est un gif animé sans fin ; tu ne peux rien dire qui ne se transforme en Puy du Fou. La Toussaint est l&#8217;occasion d&#8217;une blague grivoise, la République n&#8217;en parlons pas.</p>
<p>Le rigolo n&#8217;intéresse bien sûr en rien le sous-marin (#2) car il n&#8217;a rien à cacher et se trouve dépourvu de toute mauvaise intention ; il est en revanche dans la ligne de mire du bloqueur (#3), de l&#8217;intello (#9) et du policier hongrois (#11), pour usage intensif de smileys, de LOL, PTDR et autres MDR, souvent auto-adressés. C&#8217;est le grand copain de l&#8217;engoncé (#4), qui rit à gorge déployée à toutes ses blagues. Ensemble, rappelons-le, ils luttent contre la crise. Le dragueur (#6) regarde d&#8217;un oeil envieux les bonnes blagues du rigolo (pas toutes, donc), car comme le dit lui-même ce dernier, femme qui rit à moitié dans ton lit ; on voit dans cet exemple subtil que le rigolo doit veiller à ne pas devenir beauf (#30).</p>
<p>Le parano (#8) pense comme d&#8217;habitude que toutes les blagues du rigolo sont des attaques détournées, tandis que le mystérieux (#10) se drape dans son saint-suaire en se disant &laquo;&nbsp;putain le con, il a capté mon anagramme&nbsp;&raquo;.</p>
<p><br ></p>
<p><strong>Fbtouch #14: le bonnet de nuit</strong></p>
<p>Le bonnet de nuit, tu l’as compris, est tout l&#8217;inverse du rigolo. Il fait naître chez toi eczéma, psoriasis et combustion spontanée : le bonnet de nuit n&#8217;a pas d&#8217;humour et reste engoncé dans un premier degré triste à en pleurer.</p>
<p>Il aurait souhaité que la vie lui fût livrée avec mode d&#8217;emploi : faute de mieux, pour s&#8217;en sortir sur Facebook, il sollicite les soins de l&#8217;exégète (#24) qui lui fait en MP des explications longues comme le bras. Car, cela va de soi, le bonnet de nuit est à deux doigts de devenir parano (#8).</p>
<p>Mais ce n&#8217;est pas tout. Grâce à lui, c&#8217;en est fini des blagues racistes/juives/blondes, car au moindre écart, le bonnet de nuit te sort la déclaration des droits de l&#8217;homme, le manifeste du parti communiste, et sa brochure d&#8217;Amnesty International. [NB: il y a fort à parier que la prolifération des bonnets de nuit engendre la disparition des beaufs (#30)].<br />
En tout cas, la présence du bonnet de nuit sur FB ressemble à s&#8217;y méprendre à un passage de Christine Boutin dans les locaux du <em>Canard</em>. Il y a déjà longtemps que le bloqueur (#3) lui a fait sa fête ; l&#8217;intello (#9) et le policier hongrois (#11) lui dézinguent l&#8217;hypophyse à coups de Pléiade. Le dragueur (#6) s&#8217;inquiète de l&#8217;affaiblissement de son priapisme. Même l&#8217;engoncé (#4) prend la tangente – c&#8217;est pour te dire. Quand à ce chenapan de mystérieux (#10), il y a belle lurette qu&#8217;il lui a fait croire qu&#8217;il était un descendant d&#8217;Hitler, pour avoir la paix.</p>
<p><br ></p>
<p><strong>Fbtouch #15: le polémiste</strong> </p>
<p>Le polémiste ne like pas : c&#8217;est trop consensuel et ça ne fait pas débat. Il a en revanche téléchargé le bouton &laquo;&nbsp;j&#8217;aime pas&nbsp;&raquo; et paie une cotisation annuelle pour le &laquo;&nbsp;on s&#8217;en fout&nbsp;&raquo;. </p>
<p>Le polémiste est un posteur de liens, un dénicheur de bombes atomiques qui donnent Parkinson à tes idées reçues. Il crée le débat, lance la controverse, commente à coups de points d&#8217;exclamation (non pas le point d’exclamation popu, mais l&#8217;indigné). Le polémiste accompagne ses liens de commentaires tour à tour sceptiques (&laquo;&nbsp;ben tiens&nbsp;&raquo;), outrés (&laquo;&nbsp;qu&#8217;il meure&nbsp;&raquo;) ou engagés (&laquo;&nbsp;à lire absolument&nbsp;&raquo;). </p>
<p>Le polémiste partage les statuts et les liens de l&#8217;intello (#9) et du policier hongrois (#11), qu&#8217;il rhabille pour l&#8217;hiver (juste retour des choses). Il est le cauchemar de l&#8217;engoncé (#4) et du parano (#8), terrorisés à l’idée qu&#8217;il leur tombe dessus comme la petite vérole sur le bas-clergé. On assiste de temps à autres à des échanges agacés entre le polémiste et le rigolo (#13), entre le polémiste et le poète (#23), et entre le polémiste et l’aimable (#21). Ces engeances sont fort peu conciliables.</p>
<p>En revanche, le dragueur (#6) et le polémiste font souvent de beaux enfants, car me le disait l’autre jour la gnangnan (#18), l&#8217;amour est un combat.</p>
<p><br > <br />
 <br />
<strong>Fbtouch #16 : le cavalier seul </strong> </p>
<p><em>Attention : il s&#8217;agit d&#8217;un profil subtil à tendance schizophrène. Voyons voir un peu.</em> </p>
<p>Le cavalier seul est double, aussi bizarre que cela puisse paraître. Il est, d&#8217;un côté, celui qui te dit : &laquo;&nbsp;Nan mais attends Facebook ça va, c&#8217;est pas une organisation genre la Résistance avec des noms de code et tout. Moi, je suis cavalier seul, donc vos signes de ralliement 2.0, ça me fait bien rire. Moi, je fais mes statuts dans mon coin, je suis free comme tout&nbsp;&raquo;. On appréciera dans ce cas l&#8217;indépendance volontariste et déterminée de cet homme qui lutte contre la masse.</p>
<p>Mais d&#8217;un autre côté, le cavalier seul n&#8217;est pas que contestataire, ce qui le distingue notamment du polémiste (#15). Le cavalier seul fait sa vie mais dans son petit coin mais s’assigne souvent une mission destinée à la collectivité : annonce de l’apéro, collection de photos sur un même thème, rédaction de Fb touch, etc. La vie est complexe.</p>
<p>Le cavalier seul sera celui-là s&#8217;il n&#8217;en reste qu&#8217;un, mais il fait toutefois moins le malin lorsque, forcé de quitter son indépendance, il se retrouve embarqué sur le poney du dragueur (#6). Car je te le demande : que devient le cavalier seul lorsqu’il est en couple (#36) ?</p>
<p><br ></p>
<p><strong>Fb touch #17 : le compulsif du statut</strong></p>
<p>Le temps que tu prennes ta douche, le compulsif du statut a déjà publié quatorze actus.</p>
<p>Toi qui es la mesure incarnée, tu pestes à chaque ouverture de ton news feed, qui ne t&#8217;affiche que la profile pic du compulsif – lequel, n&#8217;ayant jamais réussi à comprendre Twitter, a cru que Facebook fonctionnait de la même façon.</p>
<p>Si le marché du livre n&#8217;était pas en crise, tu dirais bien au compulsif de pondre une autofiction, au lieu d&#8217;inonder ton mur sur lequel n&#8217;apparaît même plus l&#8217;horoscope du voisin d&#8217;enfance (#7). Faute de mieux, tu as investi dans une souris à mollette depuis que tu as accepté le compulsif, comme ça tu peux faire défiler plus vite sa loghorrée verbale – tu es un être bourré d&#8217;astuces.</p>
<p>Le compulsif est un peu le La Tourrette de Facebook ; mais il est bien commode aux heures creuses, et les jours fériés : car lorsqu&#8217;il ne se passe rien nulle part, le compulsif continue à publier.</p>
<p>Il s&#8217;agit d&#8217;un profil là aussi complexe, qui donne du fil à retordre à Lacan et au policier hongrois (#11). Il est parfois très proche de Jackie Sardou (#19). Le parano (#8) et le sous-marin (#2) ont des valises sous les yeux depuis qu&#8217;ils connaissent le compulsif : le premier traque le pic implicite, et le second l&#8217;info croustillante. Le bonnet de nuit (#14) a plus d&#8217;une fois sorti son code pénal, tandis que le rigolo (#13) s&#8217;éclate avec les statuts format carambar.<br />
Le cavalier seul (#16) a depuis longtemps bloqué (#3) le compulsif, qui restreint l&#8217;horizon de sa liberté.</p>
<p><br ></p>
<p><strong>Fb touch #18 : la gnangnan</strong> </p>
<p>Attention : ne te fais pas avoir, la gnangnan peut ressembler à Jackie Sardou (#19), mais à la (grosse) différence qu&#8217;elle est premier degré à en mourir – ce qui, du coup, la rapproche plutôt du bonnet de nuit (#14). Bref, bonne pioche.</p>
<p>La gnangnan est une hystérique des chaînes : en 1992 elle te harcelait déjà sur ton Itinéris, mais laissait les internets tranquilles parce qu&#8217;elle avait un modem 28ko. À cause de Free, elle te demande tous les deux jours de copier-coller des messages bourrés de fautes sur ton statut, pour lui montrer que tu l&#8217;aimes. La gnangnan est immortelle, parce qu&#8217;elle a envoyé le message du Dalaï Lama à 150 amis.<br />
Elle ne connait pas la différence entre mur et MP, et t&#8217;écrit donc sur le premier : &laquo;&nbsp;je viens pas aujourd&#8217;hui, je vais chez la gynéco&nbsp;&raquo;. Il vaut mieux l’avoir comme ex (#25) qu’en couple (#36) ; si tu as vraiment de la chance, la gnangnan est aussi nympho (#32).</p>
<p>Bref, elle est un fléau, le M. Hyde du voisin d&#8217;enfance (#7) et du rigolo (#13). Elle fait de l&#8217;engoncé (#4) un policier hongrois (#11). Elle fait entrer le dragueur (#6) dans les ordres; quant au sous-marin (#2), il se fait une joie de lui enfoncer la tête sous l&#8217;eau.</p>
<p><br ><br />
 <br />
<strong>Fb touch #19 : Jackie Sardou</strong></p>
<p><em>NB : Ce titre de profil est un essai de teasing.</em></p>
<p>Le Jackie Sardou – alias pollueur de mur –  est astucieux, comme le sous-marin (#2). Il gangrène ton espace vital avec des gifs, des dauphins, dé larm qui coul, et des cœurs dans tous les sens. Quand il voit que ça ne passe pas au premier degré, hop, il met ça sur le compte du deuxième. Il gagne alors le like de l&#8217;intello (#9) mais perd celui de la gnangnan (#18), qui trouve que c&#8217;est inhumain d&#8217;utiliser des photos de chat à des fins détournées. Il perd aussi le like du parano (#8) qui tient là la preuve qu&#8217;il a été floué.</p>
<p>Le Jackie Sardou aime bien te faire honte, et s’amuse à taquiner le policier hongrois (#11) et le polémiste (#15), qui ne vivent que pour l&#8217;art ; il te couvre tellement de Jpeg que toute connexion à ton compte provoque un syndrome de Stendhal.</p>
<p>NB: Quand Jackie Sardou te poste un sketch de Franck Dubosc en pensant que tu vas vraiment rire à t&#8217;en faire vibrer la glotte, il est carrément beauf (#30).<br />
Comme tu n&#8217;es pas bloqueur (#3), tu le gères comme tu peux et deviens toi-même Jackie Sardou sur son mur. Ainsi va la chaîne de la vie, comme me le disait à la Noël la gnangnan (#18).</p>
<p><br ></p>
<p><strong>Fbtouch #20 : le boulet</strong> </p>
<p>La 90&#8242;s touch de cette appellation colle parfaitement à la peau du boulet, qui n&#8217;a pas compris que Facebook était ce qu&#8217;on appelle un RÉSEAU PARTAGÉ.</p>
<p>Le boulet, à l&#8217;heure où je te parle, a perdu son job et sa copine (#36 &#038; #25), parce que la confidentialité, l’intimité et la protection de son compte ressemblent à s&#8217;y méprendre à une émission de Delarue. Pour couronner le tout, le boulet confond mur et MP.</p>
<p>Il a fait jurisprudence pour tous les scandales Facebook ; il prie tous les soirs pour qu&#8217;un jour enfin on puisse annuler l&#8217;envoi d&#8217;un MP ; c&#8217;est aussi lui qui le dimanche à 14h découvre avec stupeur les messages et statuts que, saoul comme un Thénardier, il a postés la veille.</p>
<p>Le boulet te géolocalise quand tu es avec ton amant et donc censée être au poney ; il est en ce sens le précieux allié du sous-marin (#2), à qui il fait gagner beaucoup de temps. Grand copain du rigolo (#13), il est en somme la version LOL de Jackie Sardou (#19). Ses gaffes sont, avec le dentifrice au caviar et le tanga, un remède très fiable contre la crise.<br />
 <br />
<br ></p>
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		<title>Mat Hild • Facebook touch (1/4)</title>
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		<pubDate>Fri, 16 Dec 2011 09:35:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[<p>  Mat Hild, sous son habile pseudonyme (elle est enseignante et éditrice), est une observatrice avisée de la petite communauté de Facebook. Son regard est perçant, parfois cinglant, jamais amer, toujours juste. On se régale, on se retrouve, à la lecture de ces portraits, de cette typologie des utilisateurs de Facebook. Première salve d&#8217;une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><a href="http://hors-sol.net/revue/wp-content/uploads/2011/11/mat_hild.jpg" rel="lightbox[812]"><img src="http://hors-sol.net/revue/wp-content/uploads/2011/11/mat_hild-150x150.jpg" alt="" title="mat_hild" width="150" height="150" class="aligncenter size-thumbnail wp-image-952" /></a> <br > Mat Hild, sous son habile pseudonyme (elle est enseignante et éditrice), est une observatrice avisée de la petite communauté de Facebook. Son regard est perçant, parfois cinglant, jamais amer, toujours juste. On se régale, on se retrouve, à la lecture de ces portraits, de cette typologie des utilisateurs de Facebook. Première salve d&#8217;une série de quatre. A suivre, donc.</p></blockquote>
<p><br ></p>
<p><strong>Fb touch #1 : L’amputeur </strong></p>
<p><em>NB : il ne faut surtout pas confondre l’Arlésienne en interim (#29) et l’amputeur, sous peine de devenir parano (#8).</em></p>
<p>Tu vivais avec l’amputeur (avant qu’il ne le devienne) une amitié paisible et cotonneuse, entourée de likes, de cœurs et de gifs animés. Ta boîte de réception ne désemplissait de ses messages que pour laisser place à des mots énamourés sur ton mur, auxquels succédaient des textos endiablés. Tu t’apprêtais à rester éternellement inférieur à trois, et tu voyais quotidiennement clignoter sur ta page le petit nom dodu et aimant de cet(te) ami(e) si proche qui égrainait ses likes tel un petit Poucet 2.0.</p>
<p>Ainsi donc, toi l’intello (#9), tu commençais enfin à oublier que l’amitié c’était un malabar contre tes fiches de maths ; le policier hongrois (#11) et l’aimable (#21) délaissaient les coups de pied dans les rotules au profit de petits lapins élaborés minutieusement à l’aide de signes de ponctuation ; le tout-à-l’égo (#27) apprenait à dire <em>tu, </em>et le dépressif (#26) commençait à sourire ailleurs qu’à la pharmacie.<em> </em></p>
<p>Et puis, et puis. On ne sait pas ce qui s’est passé. Un jour, tu as dit quelque chose de mal, tu as fait du second degré qu’on a pris pour du premier, tu as brisé ton couple (#36) pour accéder au rang de l’ex (#25) pénible. Bref, je ne sais pas, moi, ce que tu as fait ; mais, du jour au lendemain, cet ami a disparu. Il t’a amputé de ses propres pouces de like. Il n’a plus rien publié sur ton mur, plus rien commenté. Tu t’es retrouvé nu comme ta page, et ne voyais plus s’afficher le nom de l’amputeur que dans ton télex – parfois même tu ne le voyais plus du tout, car l’amputeur t’avait bloqué (#3). Si tu n’étais pas dépressif, tu l’es devenu : c’était plus facile pour toi de lire Spinoza en croate que de comprendre les raisons de ton amputation.</p>
<p>Dans ce cas critique, la gnangnan (#18) et le retardataire (#12) ne se rendent compte de rien, conformément à leurs habitudes. Exceptionnellement on les enviera, car comme me le disait l’autre jour la gnangnan elle-même, mieux vaut perdre son cerveau que de perdre son cœur.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Fbtouch#2 : Le sous-marin</strong></p>
<p>Le sous-marin n&#8217;a rien sur son mur, à part « *Le sous-marin* joined Facebook », et les messages d&#8217;anniversaire accumulés depuis 2005. Le sous-marin ne publie rien, supprime tout (#33), ne like pas, ne commente pas. Le sous-marin est <em>real life</em> à mort. Tu comprends, Facebook c’est dangereux : le pouvoir nous observe, et je ne te parle pas du membre de la famille (#28), particulièrement attentif à l’approche de la Noël, où il va bien falloir trouver des sujets de conversation – et maintenant que tout le monde a eu le bac, bon courage. Et puis Facebook c’est *chronophage*, et quand tu es chercheur CNRS (#22), tu ne peux pas être à la fois exégète des hiéroglyphes et exégète Fb (#24).</p>
<p>Ainsi donc, nos amis les sous-marins sont des gens qui ont mieux à faire, et qui ne se connectent que lorsqu’on les invite à un événement, t’expliquent-ils en levant les yeux au ciel.</p>
<p>Quand tout à coup, la discussion au café :</p>
<p>Toi : « Ah oui au fait je t&#8217;ai pas dit : (ici figure le contenu d&#8217;un ou plusieurs statuts) »</p>
<p>Le sous-marin : « Oui-oui, j&#8217;ai vu passer ça »</p>
<p>#DST</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Fbtouch#3 : Le bloqueur</strong></p>
<p>Le bloqueur trouve que tu publies trop, ou pas assez, ou mal, que tu lis des livres mé-pri-sa-bles et très-très-mauvais (#11), que tu fais de l’œil à sa dulcinée ou que tu es un mauvais citoyen qui ne hante pas les <em>biocoop</em> en quête de graines germées. Alors le bloqueur te bloque.</p>
<p>Et puis un jour, le bloqueur te débloque – et se passe une fois de plus de ton avis. Alors que tu es rentré chez toi après une dure journée de travail et que tu as embrassé ta femme sur le front, tu ouvres ta page d’accueil et vois de nouveau s’afficher, tel un pop-up de l’absolution, le nom du bloqueur. Semblable à l’amputeur (#1), au mystérieux (#10), à la ceinture de chasteté (#35) et, dans une certaine mesure, au poète (#23), mais contrairement à  l’exégète zélé (#24), le bloqueur considère que le monde doit se passer d’explications. Ainsi va la vie.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Fbtouch#4 : L&#8217;engoncé</strong></p>
<p>Attention, l&#8217;engoncé ne doit pas être confondu avec le parano (#8). L&#8217;engoncé a toujours peur de mal faire, d’offenser quelqu’un, de passer pour un dragueur (#6), ou d’attraper des virus par les <em>internets</em>. Il compte sur le windows 95 de ses amis et sur l’électroencéphalogramme du retardataire (#12) pour avoir le temps de corriger la faute dans son commentaire avant que ce dernier ne soit actualisé, ou lu. L&#8217;engoncé dit qu&#8217;il vote Hollande, même si ce n’est pas vrai, et fuit les discussions polémiques (#15). L&#8217;engoncé va voir un match du PSG, mais ne le dit pas, de peur de s&#8217;attirer les foudres du bloqueur (cf #3), et du policier hongrois (#11), qui n’ont pas besoin d’insister beaucoup pour faire de lui un dépressif (#26).  En revanche, l’engoncé parle sans complexes de cette prochaine rencontre littéraire à laquelle l&#8217;a convié l&#8217;intello (#9), et se sent en sécurité avec le poète (#23) et le rigolo (#13).</p>
<p>Il est trop chou, et s&#8217;en sort en général assez bien.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Fbtouch#5 : Le pokeur frénétique</strong></p>
<p>Le pokeur intempestif a probablement fait du tennis ou du ping-pong dans ses jeunes années.</p>
<p>C&#8217;est un homme audacieux qui, sur l’ancienne version de fb, avait le courage de poker comme un forcené, deux cents fois par jour, quarante-huit personnes, alors que chaque poke nécessitait une confirmation tout à fait superflue. « Pourquoi demander une confirmation de poke et pas d&#8217;envoi de MP ? » s&#8217;est longtemps demandé à juste titre le pokeur. Ce n’est pas ici le moment d’en débattre, mais nous y reviendrons (#20).</p>
<p>Imperturbable, cet homme intrépide assume sans sourciller les avalanches de notifications pokées qui s’accumulent depuis que les demandes de confirmation ont disparu.</p>
<p>Le pokeur est un homme pressé, qui vit chaque instant comme un clic. Il est très souvent ami avec l&#8217;engoncé (#4), qui voit dans la courbure de l&#8217;index toquant l&#8217;omoplate une façon astucieuse de ne pas faire de gaffe.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Fbtouch#6 : Le dragueur</strong></p>
<p>Le dragueur est photodeprofilomane. Il les like en masse, à la suite, avec une préférence très marquée pour les poses de femme-enfant, et les photos où tes lèvres ressemblent à s’y méprendre à celles de Béart post botox. Ne te fourvoie pas : si le dragueur like la photo floue de ton fils sur sa balançoire, ce n’est pas (comme la gnangnan #18) parce qu’il le trouve troooooooooop mignon, mais parce qu’il voit là un astucieux moyen de séduction, lui-même ayant un fils (néanmoins âgé de 32 ans, à l’heure où je te parle).</p>
<p>Le dragueur fait des métaphores, qu&#8217;il accompagne le plus souvent de points de suspension dont l&#8217;effet se veut, j&#8217;imagine, suggestif. Habile comme tout, il sait bien que ses différentes cibles ne doivent pas se rendre compte qu&#8217;elles cohabitent dans son cœur : sinon, de dragueur, il devient salaud.</p>
<p>Le dragueur préfère de loin les inbox aux publications sur les murs, pour des raisons évidentes.</p>
<p>Il s&#8217;entend assez bien avec la pokeuse frénétique (#5) car c&#8217;est souvent par là que tout commence; la gnangnan (#18) occupe ses jours fériés pluvieux ; il aime souvent bien l&#8217;engoncée (#4), qu’ il a pour but de désengoncer. Il a une peur bleue de la bloqueuse (#3) qui symbolise l&#8217;échec, et se soucie assez peu des sous-marins (#2).</p>
<p>Le dragueur est un homme sympathique et vigoureux, par certains aspects semblable à l&#8217;homme-aux-trois-profils (#39) : sa liste d’ex (#25) est longue comme le bras, bien qu’il ne soit jamais en couple (#36) – ou alors, il ne s’en vante pas.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>FB touch #7 : Le voisin d&#8217;enfance</strong></p>
<p>Le voisin d&#8217;enfance, tu l&#8217;as accepté parce qu&#8217;il n&#8217;y avait pas de raison de ne pas. Après tout, vous aviez beaucoup partagé dans la colo de Palavas-les-flots en 1982.</p>
<p>Le problème, c&#8217;est que depuis 1982 tu n&#8217;as pas revu ton voisin d&#8217;enfance, et qu’il y a sans doute une raison à cela. Il te faut donc supporter son horoscope quotidien (quand il ne t&#8217;envoie pas le tien), toutes les bestioles et les enclos qu&#8217;il achète dans Farmville, les invitations à des tests “de vérité”, et puis les photos hebdomadaires de ses mioches que de toute évidence tu ne rencontreras jamais. Tu contrôles et effaces (#33) ses commentaires et ses poussées d’adrénaline, que tu tolérais dans la cour de récré mais qui sont aujourd’hui autant de graffitis mortifères sur ton mur.</p>
<p>Le voisin d&#8217;enfance n&#8217;en reste pas moins quelqu&#8217;un de chaleureux et bienveillant. Il est simplement très proche du Jackie Sardou (#19), mais il ne représente aucun danger pour le parano (#8). Il se soucie peu de la fonction poke, et constitue l&#8217;une des cibles privilégiées du bloqueur (#3), dans le cas où celui-ci a daigné l&#8217;accepter comme ami.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Fbtouch #8 : Le parano</strong></p>
<p>Le parano est un pro du mur et de la inbox, laquelle sert à débriefer ce qui se passe sur le mur. Le parano a une sainte horreur des indéfinis et des termes vagues (certains, certaines, quelqu&#8217;un, on), car à coup sûr, c&#8217;est de lui qu&#8217;on parle. Si si, c’est sûr.</p>
<p>Le parano dit qu&#8217;il n&#8217;est pas parano, c&#8217;est juste que franchement les réseaux sociaux c&#8217;est pas fait pour régler des comptes. Si tu likes le parano, c&#8217;est que tu veux lui faire comprendre un truc; si tu ne le likes pas, c&#8217;est que tu ne l&#8217;aimes pas.</p>
<p>Le parano se demande ce que tu peux bien raconter en inbox, et pourquoi tu as fermé ton mur (#35) si ce n’est pour l&#8217;empêcher d&#8217;y publier des trucs.</p>
<p>Attention : il faut absolument éviter de présenter le parano au bloqueur (#3), au policier hongrois (#11) et à l’aimable (#21), pour des raisons évidentes de santé nationale. On a pu remarquer en revanche de paisibles amitiés entre le parano et l&#8217;engoncé (#4). Le pokeur frénétique (#5) est souvent accusé de vouloir signifier des choses cachées; ne parlons pas bien sûr de l&#8217;angoissant sous-marin (#2) car pour le parano, il n&#8217;y a que des Calypso.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>F<strong>b touch #9 : L&#8217;intello</strong></p>
<p>L&#8217;intello va voir des films en croate, uniquement quand ils sont sous-titrés en cambodgien, et te met le lien sur fb avec le commentaire « surtout à partir de 1:28 mn ! ». L&#8217;intello est souvent un lettreux, il faut bien le dire, et a troqué ses lunettes d&#8217;enfant contre une petite fonction de vademecum culturel 2.0. Il ne va jamais à l&#8217;UGC mais préfère le MK2 (variante en province : l&#8217;Utopia) et poste de temps à autres &#8211; c&#8217;est son côté <em>real life</em> &#8211; des photos de son chien Hyperbole et de son fils Tancrède. L&#8217;intello a choisi d&#8217;être underground pour ne pas se faire casser la gueule.</p>
<p>Il est souvent très lié au mystérieux (#10) car il le trouve très concept; il déteste le dragueur (#6) et le voisin d&#8217;enfance (#7) qu&#8217;il trouve vulgaires. Ses études, passées avec un pan de l&#8217;écharpe devant et l&#8217;autre derrière, lui ont permis de développer d&#8217;incroyables capacités de sous-marin (#2). L&#8217;intello, comme tout le monde, aime l&#8217;engoncé (#4) ; il se contrefout du bloqueur (#3), car il a bien sûr la tête dans la lune et ne comprend jamais rien qui soit lié de près ou de loin aux <em>internets</em>.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Fb touch #10 : Le mystérieux</strong></p>
<p>Le mystérieux aimait beaucoup jouer à <em>Qui est-ce ?</em> (un jeu MB) dans son enfance. C&#8217;est un personnage très exposé sur Facebook, sauf qu&#8217;on ne sait pas qui il est. Ses profile pic ? Une pomme, un Rembrandt, la une de son bouquin publié sous pseudo, une photo de Willy Ronis.</p>
<p>Le mystérieux est un chenapan doublé d&#8217;un sacripant ; il aime à se cacher et ne montre jamais, dans aucun sens du terme, son vrai visage.</p>
<p>Le mystérieux est parfois un homme quand il dit qu&#8217;il est une femme, et inversement. Les sémioticiens les plus experts mènent alors de profondes études pour traquer la faute d&#8217;accord qui trahira le mystérieux.</p>
<p>C&#8217;est un homme sympathique, qui détend les esprits en temps de crise. Il fait peur à l&#8217;engoncé (#4) et au parano (#8) : le premier a peur que le mystérieux dissimule quelqu&#8217;un d&#8217;important, le second quelqu&#8217;un qui lui veut du mal. Le sous-marin (#2) adore le mystérieux et mène l&#8217;enquête peinard. Le dragueur (#6) sort ses plus belles métaphores, au cas où le mystérieux porterait jarretelle.</p>
<p><br ></p>
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		<title>Victor Martinez • La langue est sans pourquoi : avènement de la couleur chez du Bouchet</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Dec 2011 18:06:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[#3 | André du Bouchet]]></category>
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<p align="right">(Carnet 2)</p>

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<p>Nous connaissons le titre d’Angélus Silésius, La Rose est sans pourquoi, qui est une réflexion sur la conception du langage et de la réalité. Si « la rose est sans pourquoi », c’est parce que, pour Silésius, la réalité n’a pas de signe, [...]]]></description>
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<blockquote><p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;dans la substance de la couleur<br />
&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;il n’y a pas de couleur</p>
<p align="right">(<em>Carnet</em> 2)</p>
</blockquote>
<p><br ></p>
<p>Nous connaissons le titre d’Angélus Silésius, <em>La Rose est sans pourquoi</em>, qui est une réflexion sur la conception du langage et de la réalité. Si « la rose est sans pourquoi », c’est parce que, pour Silésius, la réalité n’a pas de signe, qu’elle est sans détermination dans une objectité dont la nomination serait dépositaire. Cette idée peut se retrouver intacte dans des problématiques esthétiques XXème siècle, autant en Occident qu’en Orient. Claudel ouvre ainsi <em>Cent phrases pour éventails</em> : « Tu  m’appelles la Rose / dit la Rose / mais si tu savais / mon vrai nom / je m’effeuillerais / aussitôt ». Or, la seconde « phrase » de <em>Cent phrases pour un éventail</em> a trait, de manière non indifférente, à la couleur : « Au cœur / de la pivoine blanche / ce n’est pas une couleur / mais le souvenir d’une / couleur (…) ». C’est ainsi, assez naturellement, que l’on se souvient de « L’art poétique » de Verlaine, qui écrit, prenant ses distances avec la couleur en tant que coloris : « Pas la couleur, rien que la nuance ». Il faut que la couleur, comme la rose ou la langue, soient « sans pourquoi ».</p>
<p>La couleur, que l’on a assimilé très naturellement avec l’éloquence ou la rhétorique, se doit paradoxalement d’être « muette » ou « invisible » pour qu’elle fournisse sa valeur intacte, à l’écart, précisément, du signe ou de la catégorie. A l’écart des catégories de la perception ou de l’entendement se situerait une dimension de la réalité, ou du monde, qui détiendrait précisément ce qui dans le monde fait réalité et n’est pas recouvrable par l’appareil logico-grammatical de formalisation de l’expérience. Une sorte d’expérience d’en dehors les catégories de l’expérience aurait lieu dans une dimension esthétique, qui n’est pas simplement une dimension <em>aisthésique</em> ou de sensation. </p>
<p>L’avènement de la couleur dans l’œuvre d’André du Bouchet s’inscrit dans cette problématique générale. Un détour par la théorie du sensible est préalablement nécessaire.</p>
<p><br ></p>
<h3>Théorie du sensible</h3>
<p>La question posée est double :</p>
<p>1. Pour l’écrivain ou l’artiste, comment dire ce qui n’appartient pas à une catégorie et n’a pas de signe (la réalité, la couleur, le sentiment, ce qui n’est pas assignable dans une langue positive) ?</p>
<p>2. Pour les analystes que nous sommes, comment décrire ce qui précisément ne doit pas pouvoir se saisir objectivement, selon des catégories analytiques fermes ? </p>
<p>La problématique est classique et revient à se demander comment échapper au double écueil de l’objectivisme des sémiotiques positives et du subjectivisme des impressionnismes rhétoriques. Ce questionnement poursuit la question littéraire et artistique depuis ses origines. Elle croise, au XXème siècle, les réflexions sur le sensible et la perception. </p>
<p>Dès qu’on parle de la notion de « sensible », on pense, du moins historiquement et en France, à Merleau-Ponty. Un bon pendant théorique à l’esprit de Merleau-Ponty est celui des « sémiotiques objectives », dont Fontanille est, dans le domaine du sensible, un représentant. On sait moins comment s’articule le sensible dans l’œuvre du phénoménologue. Le domaine du sensible a une double articulation. D’une part il s’articule à un fond de sensations et de perceptions qui n’est pas simplement une <em>hylé</em>, un flux sensationnel, mais un <em>existential</em>, c’est-à-dire un sol de conditions sur lequel l’individu ne peut se retourner. Merleau-Ponty se réfère à Husserl et à « L’arche-terre [qui] ne se meut pas ». Une problématique originellement de perception devient une problématique de condition qui affecte le statut du langage et de la représentation.</p>
<p>Mais si le sensible s’enracine dans ce fond qui n’a pas de signe, et y revient pour s’y confondre à nouveau, il s’articule aussi avec « l’inapparent »  ou « l’invisible » , où il éclate jusqu’à disparaître. Le domaine du sensible, c’est-à-dire officiellement du tangible, peut éclater dans une « invisibilité du visible » , par exemple, où il apparaît comme intangible. C’est ainsi que Claudel peut écrire qu’« un certain rose est moins une couleur qu’une respiration ». Autrement dit, en termes phénoménologiques, une donnée sensationnelle ou perceptive est moins une sensation ou une perception qu’une <em>Stimmung</em>, qu’un <em>pneuma</em>, qu’une <em>intonation</em>. Ce que nous disent les phénoménologues, ou certains poètes comme Claudel, c’est que le marqueur ontologique de la réalité est moins ce qui se voit que ce qui se sent comme marqueur ultime de réalité. </p>
<p><br ></p>
<h3>Poétique d’André du Bouchet</h3>
<p>Cette idée de couleur semble se construire à partir du domaine du sensible, du tangible ou du visible, et rejoindre analogiquement la question de l’éloquence et de la rhétorique, notamment la question de la métaphore. La métaphore est « l’éclosion » du style, pourrait-on dire. Assez naturellement le champ floral apparaît pour dire ce moment de création inattendu qui vient colorer un énoncé, et le transformer en parole esthétique, poétique ou artistique. C’est toute la conception traditionnelle de la langue qui est mise à jour. Contre cette conception de la langue semble se prononcer la réflexion de du Bouchet. </p>
<p>Le poète partage avec d’autres auteurs de <em>L’Ephémère</em>, Bonnefoy, Dupin ou Jaccottet, un intérêt pour la peinture et pour la nature ou l’univers sensible. Cependant, par la radicalité de ses positions et l’extrême singularité de sa langue, du Bouchet produit une pensée qui, comme ont fait les présocratiques, semble « physicaliser » la langue, la renvoyer à des constituantes physiques et logiques qui en permettent de la recomposer à un niveau matériel et énonciatif particulier. Il faut donc plutôt rapprocher du Bouchet de Celan : comme lui, il est moins le poète du retour au sensible que de la destruction de la langue par la voie du sensible. En effet, si retour à l’élément il y a, c’est pour porter la langue à un état élémentaire d’atomisation qui contienne, à un niveau invisible et hors d’appréhension par le régime du discours, sa qualité paradoxalement intacte. En quelque sorte, pour Celan et du Bouchet, la langue n’incorpore pas la destruction : c’est la destruction . Le rapport au détruit est d’emblée naturalisé et conditionne un travail de recomposition au sein même de la décomposition. La destruction, pour du Bouchet comme pour Celan, c’est la possibilisation de toute la langue et sa résurgence dans sa qualité de support inentamable, la « 	pause du terrible / dans la langue, lorsque dans la langue / il a pu enfin être incorporé » .</p>
<p>C’est exactement à ces moments de recomposition et de respiration que fleurissent les couleurs dans certains textes de du Bouchet. </p>
<p><br ></p>
<h3>L’avènement de la couleur</h3>
<p>Du Bouchet s’est exprimé très clairement sur la « couleur », mot dont il fait le titre d’un recueil en 1975 et de certaines parties de ses livres. Le poète propose une résolution intéressante concernant les problématiques de langage et de représentation incessamment reposées depuis le moyen âge, notamment avec Angélus Silésius. </p>
<p>http://hors-sol.net/revue/wp-admin/post.php?post=912&#038;action=edit&#038;message=6</p>
<p>D’abord, au niveau plastique, le poète a travaillé avec de nombreux artistes. Tal Coat, Bram van Velde, Tapiès, Asse, Giacometti, Mirò, Hélion : des éditions illustrées sont faites en collaboration avec de grands peintres. A tel point que du Bouchet, poète identifié avec le blanc de ses mises en pages dans les éditions courantes, est surtout au départ un poète de la couleur. L’espace du blanc, dans les mises en page très aérées de l’auteur, est peut-être l’espace de la couleur des éditions d’artiste tel qu’elle n’a pas pu être reproduite dans l’édition pour le grand public. Cette impossibilité technique et éditoriale, le poète l’a saisie pour éloigner le blanc des idées de neutre ou d’absence, avec lesquelles on l’identifie encore, et l’inscrire dans une problématique du sensible et de la respiration. Le blanc serait l’espace-temps du souffle et de la couleur enfouie. Le blanc serait toute la couleur rentrée dans la page et devenue « ton enfoui » :</p>
<blockquote><p>Non, peinture, parole, image, cela est à rentrer, et cela rentre aussitôt que j’arrive à rejoindre un ton enfoui (…).<br />
Non, plus d’image, pas de couleur (quand même cela incomberait à image et à couleur de le dire) mais en plein jour arracher à la parole, à la couleur, un visage auquel il nous faut demeurer aveugles, et se traduisant parole bloquée.</p>
<p>(<em>L’Incohérence</em>, « Peinture », p. 170)</p></blockquote>
<p><br ></p>
<p>Nous notons ici que « peinture », « couleur » et « image » sont rapprochés. Ils renvoient à une forme d’éloquence de la langue ou de l’œuvre plastique mises sur le même plan d’analogie. La couleur comme l’image sont les moments passagers qui doivent délivrer la tonalité du vivant. Pour que cette tonalité reste vivante, il faut qu’elle soit entrée et sortie dans le matériau. Il faut que « dehors entre et sort[e], sans porte à pousser », écrit le poète. La couleur, comme l’image, font éclosion dans la page mais reviennent au monde muet du matériau (langue ou peinture) ou du vivant (respiration, pneuma, <em>Stimmung</em>) qui sont les marqueurs de la réalité du présent. C’est lorsque la « parole [est] bloquée », écrit-il, c’est-à-dire lorsque le pouvoir des signes s’immobilise, moment souvent qualifié « d’aveugle », que l’éclat de la couleur ressurgit hors de l’idée de couleur. </p>
<p>La couleur ainsi désigne moins une teinture que le fait même de la labilité de la couleur. Etymologiquement la couleur renvoie à ce qui cache, à ce qui se superpose pour cacher (<em>celare</em>). Mais par la vertu de l’assonance, la couleur est littéralement « ce qui coule », ce qui passe insensiblement à travers les matériaux pour leur donner leur éclat. C’est à l’éclat du ton, qui n’a pas de couleur, que la couleur renvoie.</p>
<p>Le blanc apparaît ainsi, paradoxalement, comme l’extrême potentialisation de la couleur. Le matériau passe par toutes les couleurs avant d’entrer dans le blanc de son incandescence. Le matériau, pour le poète, c’est la langue, soumise au processus de disqualification des mots, préalable à toute entreprise de requalification, seconde étape que le poète refuse d’investir. Cette entreprise de disqualification et de requalification, le poète la fait subir à la couleur : </p>
<blockquote><p>La couleur : comme l’eau blanche sur la chaux. Comme l’eau blanche ajoute à la chaux – cela est chaleur </p></blockquote>
<p><br ></p>
<p>Ce que découvre alors la couleur, c’est « l’emplacement de la couleur » (<em>L’incohérence</em>, p. 199 sqq.), c’est « l’incolore qui se fait jour ». La couleur y apparaît comme l’eau blanche. Par le jeu des synesthésies, la couleur devient le lieu de la mobilité des signes. Le rouge renvoie à la disparition (<em>L’incohérence</em>, p. 40 sqq.). Le blanc renvoie au glacier comme à l’aveuglement, c’est-à-dire au noir (la couleur à son intensité rejoint le fond). Le jaune renvoie à l’éclat du champ de colza, qui renvoie à l’idée d’un mouvement extrême. Le gris et bleu de la lithographie renvoient à la roche quand on y a jeté l’eau (<em>L’incohérence</em>, p. 190 sqq.). Tout moment de couleur est dépassé et résorbé dans un moment de monde pour lequel la couleur a été indispensable, comme il a été indispensable qu’elle s’y incorpore silencieusement. Ce que découvre alors la couleur, c’est « l’emplacement de la couleur » (<em>L’incohérence</em>, p. 199 sqq.), c’est « l’incolore qui se fait jour ».</p>
<p>La couleur est incorporée au silence, au mutisme ou au blanc, non par essentialisation, mais par reconduite au mouvement vivant dont elle est surgie et où elle doit rentrer. Dans Cézanne par exemple, on ne voit pas la couleur pour sa couleur, mais pour l’éclatement général d’un moment sensible qui n’a pas de restitution dans les signes (« le bleu, là-bas »). Les pins ne sont pas bleus, ils font la course à la mer en pleine terre, et ils accusent un bleu du ciel qui plaque contre la terre en même temps qu’il projette dans les airs. C’est à un ensemble de dislocations que renvoie Cézanne, et à l’idée que nous sommes sur cette dislocation. La langue doit, non pas dire la dislocation, mais l’être, sans marge ou réserve sur elle-même.</p>
<p>La couleur, comme la langue, sont sur une dislocation : cette caractéristique, qui pourrait passer pour une caractéristique sensible, relève en réalité d’un rapport à la langue qui est un existential, c’est-à-dire une ontologie régionale. On voit ici à quel point toute parole du sensible contient en puissance une parole incorporée de l’histoire, qui doit être considérée comme support de toute réflexion sur le sensible. Chez du Bouchet, il y a suppression des cloisons entre la langue, le sensible et l’histoire, et reconduite de l’ensemble des réalités au domaine qu’il nomme le « muet » et « le fond », dont les caractéristiques premières sont de relever d’une destruction et d’une dépossession. Mais cette destruction, au lieu de faire l’objet d’une réaction, dans tous les sens du terme, y compris politique, est l’objet d’un redoublement du geste destinal impliqué dans la langue. Redoubler la destruction, ou reconduire « l’inhumain », c’est retrouver le « deux fois humain » écrit du Bouchet. La couleur ainsi détruite est passée dans le matériau et c’est là qu’elle s’exprime, hors de la saisie représentationnelle.</p>
<p><br ><br />
<center>*</center><br />
<br ><br />
C’est pourquoi la couleur est un événement sans signe, comme la langue est sans pourquoi. Pour Angélus Silésius, pour Paul Claudel ou pour André du Bouchet, la langue doit apparaître comme un événement de floraison, si l’on veut, qui n’a pas d’assignation dans un domaine perceptif ou sensitif objectif. Il y a cependant sensibilité et perception, mais dans le sens de la phénoménologie, qui reconduit tout le sensible à l’inapparent. Cette question de la couleur renvoie à celle de la langue littéraire ou poétique : la poésie n’est pas dans le poème, mais dans la traversée du poème, sans que pour autant il y ait lieu de parler d’impressionnisme ou de subjectivisme. Il s’agit de protocoles logiques et non d’impressions. La couleur, comme l’image, sont des moments de monde dont le marqueur ontologique non objectif est le ton, l’intonation ou la <em>Stimmung</em>, un moment de vérité inentamable pour les signes, qui constitue l’assise de la langue ou de le représentation, sur laquelle on ne peut pas dans le même geste se retourner. C’est cela, pour le poète ou le peintre, la réalité. Un rapport à un présent momentanément délivré de date, qui peut dès lors faire source dans la cassure du temps par rapport au temps.</p>
<p><br ><br ></p>
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		<title>Pierre-Antoine Villemaine • Pour André du Bouchet</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Dec 2011 18:00:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
		<category><![CDATA[pierre-antoine villemaine]]></category>

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		<description><![CDATA[<p>&#160;</p>
<p align="right">« Le ciel est muet, ne fait l&#8217;écho qu&#8217;au muet. » (Kafka)</p>
<p>*</p>
<p>FROISSEMENT</p>
<p>… comme une fine pluie de particules sur la peau, minuscules chutes météoriques dont il percevait les impacts avec tant d’acuité, chaque syllabe, chaque atome de son lui apparaissait avec une si grande netteté, une si grande précision, et tout son corps recueillait [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p align="right">« Le ciel est muet, ne fait l&#8217;écho qu&#8217;au muet. » (Kafka)</p>
<p><br ><center>*</center><br ></p>
<p>FROISSEMENT</p>
<p><em>… comme une fine pluie de particules sur la peau, minuscules chutes météoriques dont il percevait les impacts avec tant d’acuité, chaque syllabe, chaque atome de son lui apparaissait avec une si grande netteté, une si grande précision, et tout son corps recueillait cette langue qui s’éparpillait en un volètement de molécules composant l’ombre d’un chant fissuré… </em></p>
<p><center>*</center>… quand « cela » s’assemble<br />
en poème – fin de ce qui est authentique</p>
<p>esthétique – authenticité<br />
plus profonde peut-être. (<em>Carnets</em>)</p>
<p><br ><center>*</center><br ></p>
<p>➢ dans un espace qui à la fois les accueille et les sépare</p>
<p>➢ les sensations<br />
➢ éloignées / retrouvées<br />
➢ transfigurées<br />
<br ><br ><br ><br ><br ><br />
➢ réalité poétique et métamorphose<br />
<br ></p>
<p align="right">« Car la poésie n&#8217;est pas plus dans les mots que dans le coucher du soleil ou l&#8217;épanouissement splendide de l&#8217;aurore &#8211; pas plus dans la tristesse que dans la joie. Elle est dans ce que deviennent les mots atteignant l&#8217;âme humaine, quand ils ont transformé le coucher du soleil ou l&#8217;aurore, la tristesse ou la joie. Elle est dans cette transmutation opérée sur les choses par la vertu des mots et les réactions qu&#8217;ils ont les uns sur les autres dans leurs arrangements &#8211; se répercutant dans l&#8217;esprit et sur la sensibilité. » (P. R.)</p>
<p>➢ passion de la réalité<br />
➢ passion du langage</p>
<p>➢ passion du réel</p>
<p align="right">« blessé de réalité, et en quête de réalité. » (P. C.)<br />
<br ><br />
« Un élan pousse l’homme à buter contre les limites du langage. » (L. W.)</p>
<p><br ><center>*</center><br ></p>
<p>Annuler les images au fur et à mesure qu’elles surgissent&#8230; (Carnets)</p>
<p>Oui<br />
la <em>marche sonore</em> du poème<br />
les vibrations de l’air<br />
l’image expirante</p>
<p>concise affûtée<br />
« la pointe à l’œil »<br />
la percée du langage</p>
<p align="right">« … l‘humanité minérale du langage. » (P. F.)<br />
<br ><br />
« Contempler, c&#8217;est s&#8217;évanouir dans les choses. » (H-F. A.)</p>
<p><br ><br />
… avec lui tu accompagnes les traînées du vent qui effleurent la surface du fleuve, les feuilles et les branches emportées par les courants, tu suis les mouvements capricieux des hordes d’oiseaux qui traversent le ciel, tournoiements et métamorphoses pour confondre l’adversaire, masse compacte puis tracés filiformes ou taches dispersées &#8211; point ligne surface -, tu dérives au gré de ces formes mouvantes qui s’éclipsent dans l’horizon…</p>
<p><br ><center>*</center><br ></p>
<p>Je sens la peau de l’air, et pourtant nous demeurons séparés. (<em>Dans la chaleur vacante</em>)</p>
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		<title>François Rannou • Par le travers</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Dec 2011 17:43:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[#3 | André du Bouchet]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
		<category><![CDATA[françois rannou]]></category>

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		<description><![CDATA[<p>François Rannou est né en 1963 à Nice. Il a coordonné l’édition des deux épais volumes de la revue L’Étrangère sur André du Bouchet en 2007 (aux éditions la Lettre volée) ainsi que le numéro de la revue Europe consacré à la &#171;&#160;Littérature de Bretagne&#160;&#187;, en 2005. Il a participé au numéro d’Europe sur André [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>François Rannou est né en 1963 à Nice. Il a coordonné l’édition des deux épais volumes de la revue <em>L’Étrangère</em> sur André du Bouchet en 2007 (aux éditions la Lettre volée) ainsi que le numéro de la revue Europe consacré à la &laquo;&nbsp;Littérature de Bretagne&nbsp;&raquo;, en 2005. Il a participé au numéro d’<em>Europe</em> sur André du Bouchet, dirigé par Victor Martinez. Son travail poétique est publié principalement à La Lettre volée (<em>l’intervalle, le monde tandis que</em>) et aux éditions du Cormier (<em>là-contre</em>). Deux essais sur Du Bouchet sont repris dans l’inadvertance (livre électronique aux éditions publie.net : http://www.publie.net/fr/ebook/9782814500969/l-inadvertance)</p></blockquote>
<p><br ></p>
<p><!-- Dewplayer Begin--><object type="application/x-shockwave-flash" data="http://hors-sol.net/revue/wp-content/plugins/dewplayer-flash-mp3-player/dewplayer.swf?mp3=http://hors-sol.net/revue/wp-content/uploads/2011/12/francois_rannou_par_le_travers.mp3&amp;bgcolor=FFFFFF" width="200" height="20"><param name="bgcolor" value="FFFFFF" /><param name="movie" value="http://hors-sol.net/revue/wp-content/plugins/dewplayer-flash-mp3-player/dewplayer.swf?mp3=http://hors-sol.net/revue/wp-content/uploads/2011/12/francois_rannou_par_le_travers.mp3&amp;bgcolor=FFFFFF" /></object><!-- Dewplayer End--><a href="http://hors-sol.net/revue/wp-content/uploads/2011/12/francois_rannou_par_le_travers.mp3">http://hors-sol.net/revue/wp-content/uploads/2011/12/francois_rannou_par_le_travers.mp3</a></p>
<p><br ></p>
<p><iframe src="http://docs.google.com/viewer?url=http%3A%2F%2Fhors-sol.net%2Frevue%2Fwp-content%2Fuploads%2F2011%2F11%2FFran%C3%A7ois_Rannou_Par_le_travers.pdf&#038;embedded=true" width="600" height="780" style="border: none;"></iframe></p>
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		<title>ana nb • c&#8217;est de la terre de la traversée absente</title>
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		<pubDate>Mon, 05 Dec 2011 07:34:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[#3 | André du Bouchet]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
		<category><![CDATA[ana nb]]></category>

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		<description><![CDATA[<p>Au début je ne vois pas les mots non je ne vois pas les mots, seulement un chemin quelque part entre espace et souffle quelque part entre le monde extérieur et le silence, je commence à lire André Du Bouchet</p>
<p></p>
<p style="text-align: right;">aux aguets de la majuscule le point final du jour</p>
<p style="text-align: right;">l&#8217;œil
l&#8217;œil vite passe [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><a href="http://hors-sol.net/revue/wp-content/uploads/2011/12/au-début-tu-vois-005.jpg" rel="lightbox[883]"><img src="http://hors-sol.net/revue/wp-content/uploads/2011/12/au-début-tu-vois-005-150x150.jpg" alt="" title="if" width="150" height="150" class="aligncenter size-thumbnail wp-image-902" /></a><br >Au début je ne vois pas les mots non je ne vois pas les mots, seulement un chemin quelque part entre espace et souffle quelque part entre le monde extérieur et le silence, je commence à lire André Du Bouchet</p></blockquote>
<p><br ></p>
<p style="text-align: right;">aux aguets de la majuscule le point final du jour</p>
<p style="text-align: right;">l&#8217;œil<br />
l&#8217;œil vite passe de la branche au ciel du ciel blanc à<br />
l&#8217;étoffe primitive de la terre</p>
<p style="text-align: right;">vite<br />
vite l&#8217;œil passe de la pierre au<br />
ciel à la branche</p>
<p style="text-align: right;">entre une zone claire<br />
la place du pli</p>
<p style="text-align: right;">erre<br />
vent pluie s&#8217;abattent<br />
voix<br />
failles des murs<br />
ici<br />
ici et<br />
près de<br />
là plus loin<br />
face contre vent<br />
vent contre voix</p>
<p style="text-align: right;">entre fin du jour et peau raide du soir</p>
<p style="text-align: right;">de la main dans le vent bouche sèche</p>
<p style="text-align: right;">commence au bord de<br />
tu suis de l&#8217;œil au bord de tu suis de l&#8217;œil</p>
<p style="text-align: right;">vent creuse l&#8217;artifice<br />
sans mot sans point sans</p>
<p style="text-align: right;">c&#8217;est de la terre la traversée absente</p>
]]></content:encoded>
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